La Chine lancera un service internet « impossible à pirater »

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Alors que des pirates mal intentionnés multiplient les attaques toujours plus sophistiquées, la Chine est sur le point de lancer un nouveau réseau de communications « inviolable » – du moins, dans le sens où toute attaque serait rapidement détectée, rapporte la BBC.

Selon le diffuseur public britannique, la technologie employée pour ce faire est celle de la cryptographie quantique, un changement radical comparativement au cryptage traditionnel. Le projet chinois développé dans la ville de Jinan est présenté par les médias d’État comme une étape importante dans ce domaine.

Cette percée s’inscrit également dans le cadre d’une démarche plus vaste: la Chine prend la tête des démarches technologiques liées à un domaine dans lequel l’Occident hésite depuis longtemps à investir.

Au sein du réseau de Jinan, quelques 200 utilisateurs de l’armée, du gouvernement et des secteurs de la finance et de l’énergie pourront envoyer des messages de façon sécuritaire en sachant qu’ils en seront les seuls lecteurs.

Le développement des communications quantiques en Chine signifie que le pays accompli des progrès notables dans le développement d’applications qui pourraient sécuriser un internet de plus en plus vulnérable. Applications que d’autres pays pourraient bientôt se retrouver à acheter auprès de Pékin.

« Impossible à pirater »

Le cryptage traditionnel est relativement simple. Pour éviter que des curieux consultent vos messages, vous cachez habituellement la clé du code dans un problème mathématique particulièrement complexe.

Mais comment définit-on cette notion de complexité? Cela veut normalement dire qu’il faut procéder à très grande vitesse, en multipliant les réponses et les longues clés numériques. En 2017, cela veut dire disposer d’un ordinateur surpuissant.

Des percées technologiques en matière de vitesse de calcul signifient que les clés numériques doivent être régulièrement allongées. Le cryptage a une date d’expiration qui doit être périodiquement repoussée.

On craint également que la mise au point d’ordinateurs quantiques, qui représentent un changement de paradigme majeur lorsque vient le temps de calculer des nombres, signalera la fin de la plupart des méthodes actuelles d’encryptage.

La communication quantique fonctionne différemment: pour envoyer un message sécurisé, vous devez d’abord envoyer la clé de décryptage en l’intégrant à des particules de lumière. Ce n’est qu’ensuite que vous envoyez le message crypté et que le destinataire pourra le lire à l’aide de la clé décodée auparavant.

L’avantage principal de cette méthode est que si quelqu’un tente d’intercepter les particules de lumière en question, celles-ci sont nécessairement altérées ou détruites. Ce que cela signifie, c’est que toute tentative de piratage sera immédiatement détectée par l’expéditeur original du message et par le destinataire – d’où le qualificatif « d’inviolable ».

L’Occident à la traîne

Si les communications quantiques peuvent aider à sécuriser les communications numériques, pourquoi la Chine a-t-elle une telle avance? « Pendant longtemps, les gens ont pensé que ce n’était tout simplement pas nécessaire », mentionne le professeur Myungshik Kim de l’Imperial College, à Londres, avant d’ajouter qu’il n’était pas possible de savoir s’il existait un marché commercial pour cette technologie.

« Les difficultés mathématiques du système de cryptage actuel sont si importantes que l’on n’a pas estimé nécessaire de mettre en place la nouvelle technologie », précise-t-il.

La technologie comme telle n’est pas récente, et la Chine n’a pas de véritable avantage sur la concurrence. Là où Pékin se distingue, en fait, c’est plutôt du côté des applications. « L’Europe a simplement manqué le bateau », estime le professeur Anton Zeilinger, qui enseigne la physique quantique à l’Université de Vienne, en Autriche, et qui est l’un des pionniers du domaine.

Il a tenté de convaincre l’Union européenne de financer davantage de projets sur le sujet, et ce dès 2004, mais sans succès. « L’Europe se traîne les pieds et cela nous a empêché d’être concurrentiels. »

S’il existe des réseaux fonctionnant à l’aide de clés de cryptage quantiques aux États-Unis et en Europe, la plupart d’entre eux existent sous la forme de projets de recherche, plutôt que sous la forme d’ententes avec des partenaires commerciaux.

Marché

L’un des problèmes est qu’il est coûteux de développer des applications comme le réseau de Jinan. Et s’il n’existe pas déjà un marché commercial, il est difficile de convaincre des investisseurs privés ou gouvernementaux.

Le réseau chinois n’est d’ailleurs pas la seule application de communication quantique mise au point par Pékin. L’an dernier, le gouvernement a lancé un satellite visant à tester des communications cryptées sur de longues distances ne pouvant pas être franchies par des câbles. Il existe également un lien entre les deux grandes villes du pays, Pékin et Shanghai.

« C’est une situation où la technologie peut créer son propre marché », mentionne le professeur Zeilinger. Une fois que cette technologie sera vendue par des entreprises chinoises, les grandes banques pourraient en être les premiers clients.

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Pieuvre.ca

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