Turquie: Ankara fait le « ménage » auprès de ses alliés de l’OTAN

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L’Allemagne n’a pas d’autre choix que de retirer les troupes qu’elle a stationnées sur la base aérienne d’Incirlik mise à disposition de l’OTAN par la Turquie car les autorités turques refusent que des parlementaires allemands rendent visite aux soldats, a déclaré Sigmar Gabriel lundi.

« La Turquie a clairement indiqué que, pour des raisons de politique intérieure, elle ne pouvait pas accepter la visite de tous les parlementaires », a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères après une entrevue avec son homologue turc Mevlut Cavusoglu.

Sigmar Gabriel a expliqué que les opérations de la Bundeswher, l’armée allemande, étant soumises à l’approbation du parlement, les députés devaient être en mesure de rendre visite aux troupes stationnées sur cette base. « La Turquie doit comprendre que dans cette situation, nous devons retirer nos soldats d’Incirlik », a-t-il ajouté. « Dans ces conditions, le Bundestag va demander au gouvernement de trouver une autre affection pour les soldats allemands d’Incirlik ».

Environ 250 soldats allemands sont déployés sur cette base aérienne située dans le sud de la Turquie et participent aux missions de l’Alliance atlantique dans la guerre contre le groupe État islamique (EI) en Syrie.

Un groupe de parlementaires allemands qui souhaitaient y rencontrer les militaires en poste s’en est vu refuser l’accès mi-mai, nouvel épisode dans la querelle qui oppose l’Allemagne et la Turquie depuis plusieurs mois. La Turquie a fait valoir que le moment n’était pas opportun pour une visite de parlementaires.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a fait savoir lundi qu’une visite était actuellement possible sur la base de Konya, autre infrastructure mise disposition de l’OTAN, mais pas sur la base d’Incirlik. Le premier ministre turc Binali Yildirim a, lui, annulé une réunion prévue avec Sigmar Gabriel, officiellement en raison d’un agenda chargé du chef du gouvernement.

Les relations entre Berlin et Ankara n’ont cessé de se détériorer depuis la campagne sur le référendum constitutionnel du 16 avril qui a permis au président turc Recep Tayyip Erdogan d’obtenir un élargissement de ses pouvoirs.

Lors de la campagne, Erdogan voulait que ses ministres puissent tenir des meetings électoraux en Allemagne afin de convaincre les électeurs de la diaspora turque.

Les autorités allemandes se sont opposées à de tels rassemblements, évoquant des questions de sécurité publique et provoquant la colère d’Erdogan dans un scrutin dont le résultat, longtemps incertain, s’est révélé très serré en sa faveur.

Maniant une rhétorique agressive, Recep Erdogan avait accusé les autorités allemandes d’utiliser une stratégie inspirée du nazisme.

L’an passé, le président turc avait déjà empêché pendant plusieurs mois la venue de parlementaires allemands sur la base d’Incirlik. Ce refus faisait suite à l’adoption par le Bundestag d’une résolution parlementaire reconnaissant le génocide des Arméniens par les forces ottomanes en 1915.

Journalistes-espions

La tendance actuelle, au sein des services de renseignement européens, consiste à utiliser en Turquie des journalistes en tant qu’agents, a par ailleurs affirmé lundi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu.

S’exprimant sur le cas du journaliste germano-turc Deniz Yucel, que les autorités turques ont arrêté en février pour diffusion de propagande terroriste, le chef de la diplomatie d’Ankara a estimé que cette affaire était du ressort des tribunaux. « Notre appareil judiciaire indépendant instruit l’affaire. Les magistrats se prononceront sur Yucel », a-t-il dit lors d’une conférence de presse au côté de son homologue allemand, Sigmar Gabriel.

Un photojournaliste français, Mathias Depardon, a lui aussi été arrêté, le 8 mai, dans le sud-est de la Turquie.

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Pieuvre.ca

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