Les films sont mauvais? La faute à Rotten Tomatoes, disent les studios

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Pirates of the Caribbean: Dead Men Tell No Tales et Baywatch n’étaient jamais destinés à être de grands succès critiques. Le premier est le cinquième épisode d’une franchise qui aurait dû se terminer il y a belle lurette, si Hollywood faisait preuve d’un peu de compassion. Et l’autre est une comédie d’action sur des sauveteurs.

Ensemble, ces deux films ont trôné en tête du palmarès dans ce qui fut le pire résultat pour une fin de semaine du Memorial Day (le Jour du Souvenir, aux États-Unis) en près de 20 ans, écrit Newsweek. Et à la vue de cette réussite peu enviable, les producteurs hollywoodiens blâment-ils les scénaristes? Les acteurs? Eux-mêmes? Bien sûr que non; la faute est du côté de Rotten Tomatoes.

Ils affirment que le site de critiques cinématographiques, qui force les journalistes à assigner une catégorie « moisi » ou « frais » lorsqu’ils publient leur avis, et ce sans tenir compte des nuances de leurs critiques, a braqué les cinéphiles contre certains films avant même leur sortie en salles.

Ainsi, Deadline écrit que « des gens ayant travaillé sur les deux films ont blâmé Rotten Tomatoes, alors que Pirates et Baywatch obtiennent respectivement des notes de 32 et 19% sur le site. Le service d’agrégation de critiques réduit de plus en plus les parts de marché potentielles des films « popcorn ». Pirates 5 et Baywatch ne sont pas conçus pour les critiques, mais plutôt pour le public, et il fut une époque où ce genre de films – une aventure destinée à un public familial et une comédie pour adultes – étaient autrefois imperméables aux avis des journalistes. Plusieurs travailleurs de l’industrie s’interroge à savoir de quelle façon Rotten Tomatoes compile les cotes, et le fait que ces notations sont affichées sur le site d’achat de billets Fandango, qui est propriétaire de Rotten Tomatoes, est encore plus problématique ».

Il y a un mois, il était envisagé que Pirates amasse de 90 à 100 millions pendant la fin de semaine de quatre jours, contre 50 millions pour Baywatch. Ces estimations ont été largement réduites après que les notes de Rotten Tomatoes eurent été publiées. Au final, Pirates a obtenu 77 millions, alors que Baywatch repartait avec 23 millions, obtenus sur les marchés américain et canadien.

Le site possède également une note séparée qui mesure la réaction du public, et qui est affichée aux côtés des cotes des journalistes. Pour Baywatch, la note remonte ainsi à 70%. Mais c’est pourtant la note attribuée par les critiques qui est d’abord recherchée par les internautes lorsqu’ils veulent décider s’ils iront voir un film. Le cinéaste Brett Ratner, à la tête de films tels que Rush Hour et X-Men: The Last Stand, n’y va pas par quatre chemins: pour lui, Rotten Tomatoes est « la pire chose qui existe aujourd’hui dans la culture cinématographique ».

En entrevue avec Entertainment Weekly, il poursuit: « Dans l’Amérique de l’habitant moyen, on se dit que si un film a une mauvaise cote sur Rotten Tomatoes, ça ne vaut pas la peine d’aller le voir parce que « ça doit être nul ». Mais ce nombre est une moyenne, et personne ne peut vraiment savoir comment cela fonctionne… d’autant plus que ce n’est pas toujours exact. J’ai vu de grands films qui ont un score abyssal sur Rotten Tomatoes. »

Au cours de la fin de semaine, certains responsables des studios ont parlé d’attendre la sortie en salle des films jusqu’à la première, ou de carrément cesser de projeter des films pour les membres des médias afin d’éviter les dégâts provoqués aux futures sorties, mentionne Deadline. « Il n’y a simplement pas de bonne date pour sortir un mauvais film », mentionne un vétéran du marketing cinéma.

Oubliez le fait que ces films pourraient n’avoir que peu d’intérêt au départ. Allergique au risque, Hollywood s’appuie depuis longtemps sur des propriétés intellectuelles existantes provenant du cinéma, mais aussi de la télévision, des bandes dessinées et de la littérature, et les cinéphiles commencent à s’en lasser.

Malgré tout, Pirates et Baywatch devraient amasser le pactole sur les marchés étrangers, dans des endroits comme la Chine, qui sont devenus le lieu de prédilection où projeter ce type de divertissement léger.

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