Discrimination: Google a tenté de faire taire des médias

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Google a tenté de restreindre le travail des médias à propos d’une importante poursuite pour discrimination sexuelle intentée par le gouvernement américain, et a cherché à faire annuler les démarches en cour en raison des commentaires effectués par un avocat fédéral auprès de la presse.

Des documents déposés en cour révèlent que Google a argué, sans succès, qu’un juge devrait annuler une poursuite intentée par le département américain du Travail (DoL), affirmant qu’un avocat de l’État fédéral pourrait avoir violé les règles en matière d’éthique en accordant une entrevue au Guardian, le 7 avril, écrit ce même quotidien britannique.

Le département a accusé le géant du web de sous-payer systématiquement les femmes, et la bataille judiciaire tourne autour du refus, de la part de la compagnie, de remettre, sous demande du gouvernement, des données sur les salaires.

La demande d’annulation de la poursuite, qui a été rejetée par un juge invoquant en partie le premier amendement, place les démarches agressives de Google pour mettre fin aux démarches à un moment où l’industrie technologique est de plus en plus critiquée pour sa culture d’entreprise sexiste, sa discrimination basée sur le sexe et de vastes écarts salariaux. Des détracteurs affirment qu’il semblait que Google tentait de limiter l’intérêt des médias avec des tactiques inhabituelles soulevant des craintes en matière de liberté de la presse, et qui semblent contredire les affirmations publiques de l’entreprise voulant qu’elle s’engage en faveur de la transparence et de l’imputabilité dans ses démarches pour favoriser l’égalité salariale.

Google a aussi tenté de restreindre l’accès des médias lors d’une audience, le mois dernier. À la suite d’une rencontre privée avec le juge à propos du travail du Guardian, l’avocat de Google a exigé que les procédures soient fermées aux médias avant de poursuivre, mais l’avocat du DoL s’y est objecté, et le juge s’est rangé du côté du gouvernement.

Le département a intenté sa poursuite en janvier, en alléguant que la compagnie avait violé les lois fédérales lorsqu’elle a refusé de fournir l’historique salarial et les informations de contact de plusieurs employés dans le cadre d’un audit. Google est un sous-traitant fédéral, ce qui signifie que la compagnie doit respecter les lois en matière d’égalité salariale et permettre au département d’examiner des documents.

Google – l’une des trois firmes de la Silicon Valley à être poursuivies par le DoL en lien avec des allégations de discrimination – a soutenu que les données demandées étaient trop générales et violaient le droit à la vie privée des travailleurs.

Lors d’une audience fédérale tenue le mois dernier à San Francisco, des avocats du département ont pour la première fois publiquement allégué que l’enquête initiale de l’agence avait « découvert des disparités salariales systémiques défavorables aux femmes dans la quasi-totalité de la main-d’oeuvre ». Le département dit avoir découvert ces inégalités dans un aperçu des salaires versés en 2015, mais que les enquêteurs avaient besoin de données plus anciennes pour évaluer les causes probables du phénomène, en plus de devoir rencontrer des employés de façon confidentielle.

Google a affirmé à plusieurs reprises avoir éliminé l’inégalité salariale à l’échelle mondiale avec des modèles compensatoires innovateurs.

Lors de l’audience, Google a publié un communiqué destiné au Guardian où la compagnie dit être « vivement » en désaccord avec les allégations « sans fondement », avant de soulever des questions quant aux données et à la méthodologie du département: « Chaque année, nous effectuons une analyse exhaustive et robuste des salaires pour l’ensemble des sexes, et nous n’avons découvert aucune inégalité. »

Interrogée à propos du rejet des allégations par Google, Janet Herold, solliciteuse régionale pour le DoL, a confié au Guardian que « l’enquête n’est pas complète, mais à ce moment-ci, le département a reçu des preuves évidentes d’une très forte discrimination contre les femmes dans les postes les plus répandus au sein du siège social de Google ».

Après la publication des déclarations de Mme Herold, les avocats de Google ont abruptement interrompu l’audience et réclamé une rencontre en privé avec le juge. Le magistrat a ensuite annulé le reste de l’audience, permettant à Google de déposer une nouvelle motion visant l’annulation des poursuites en raison des déclarations de Mme Herold.

Dans cette motion, Google arguait que la déclaration de Mme Herold indiquait clairement que le département avait déjà fait son lit et était parvenu à des inégalités salariales, ce qui rendait inutile la demande d’informations.

Le juge Steven Berlin, qui devra décider si Google doit effectivement ouvrir ses livres, a refusé de rejeter la poursuite. Mme Herold n’a commis aucune violation éthique, et ses commentaires auprès des médias n’affecteront pas le résultat de la poursuite, a-t-il dit. Il a toutefois également soutenu que les commentaires du département auprès du Guardian « suscitait des questionnements » et que « Mme Herold aurait pu s’abstenir de commenter un dossier se retrouvant devant les tribunaux ».

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Pieuvre.ca

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