La France à l’heure des choix

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Dimanche, les Français viendront conclure l’une des plus étranges campagnes électorales à avoir tenu l’Hexagone en haleine depuis la création de la Ve République. Et face à la perspective d’une présidence placée sous la bannière xénophobe, rétrograde et populiste du Front national, l’alternative a une petite teinte beige donnant légèrement la nausée.

Cette présidentielle française aura effectivement été insensée jusqu’au bout. Imaginez, par comparaison, si le Wildrose Party, un parti albertain fortement campé à droite, était pressenti comme le principal candidat à former le gouvernement fédéral canadien, et que les espoirs des conservateurs, des libéraux et des néo-démocrates reposaient sur les épaules d’un ancien ministre libéral s’étant déclaré indépendant et offrant un programme aussi mirifique que flou.

En fait, il est difficile d’établir une comparaison canadienne avec le Front national. Ou même avec la situation politique française en général. Car la France, terre de contrastes, terre de spécificités, est engluée dans un marasme depuis bien avant l’arrivée en poste de François Hollande. Chômage élevé, contraintes administratives complexes, problèmes d’immigration et d’intégration de ces nouveaux arrivants, peur résultant de nombreux (et horribles) attentats terroristes… La situation n’est pas désespérée, tant s’en faut, mais la société française est embourbée dans plusieurs ornières. Certaines qu’elle a elle-même creusées, d’autres qui découlent d’une Europe qui se cherche et d’une situation mondiale qui se désagrège peu à peu.

Dans la foulée de cette inquiétude généralisée, le peuple français se cherche. Et comme il est toujours facile, dans ce genre de situation, de gagner des voix en accusant l’autre de tous les maux et en promettant de revenir aux « belles années », il n’est pas étonnant que le Front national, qui tente de se refaire une légitimité depuis l’arrivée à sa tête de Marine Le Pen, fille du fondateur du mouvement, occupe le terrain des gagne-petit, ceux auprès de qui il est facile de vendre l’idée que leurs problèmes découlent de la « mondialisation » et des « immigrants », deux hydres obscures mal définies.

Face à cette montée apparemment inexorable de ce parti aux solutions de facilité – solutions quasi unanimement erronées, faut-il souligner -, la classe politique française traditionnelle est en déroute. Les Français en ont assez de la gauche et de la droite traditionnelle. D’un président socialiste mou, François Hollande, qui, outre l’absence d’un charisme étatique, n’a pas réalisé les réformes promises, ou les a réalisées à moitié. D’une dichotomie gauche-droite constellée « d’affaires », de petits et grands scandales. D’une classe politique qui s’engraisse aux dépens des contribuables, et qui, au final, forme une immense masse informe où il est impossible de distinguer les affiliations des acteurs individuels.

Bref, les Français veulent « casser la machine ».

Il n’est guère étonnant, alors que le président sortant, confronté à un taux d’approbation quasi nul, refuse de se représenter, et que les grands noms des socialistes et des Républicains (droite) soient facilement battus lors des primaires des partis. Il n’est guère étonnant non plus que François Fillon, justement issu de cet establishment politique, mais aussi taraudé par des allégations de fraude, ait perdu au premier tour, à quelques dixièmes de point de pourcentage de Jean-Luc Mélanchon, autre symbole de cette France en colère.

Un sauveur au centre?

Contre Marine Le Pen et son plan consistant à faire en sorte que la France se replie sur elle-même, à l’image d’un Donald Trump qui… semble justement s’inspirer du programme nombriliste du FN, voilà que débarque Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Économie de François Hollande ayant démissionné pour lancer son propre « mouvement » politique, En Marche! (notez la subtilité).

Il est beau, il est charismatique, il n’a que 39 ans dans un pays où les présidents sont souvent sexagénaires… Il est un peu le Justin Trudeau de la politique française. Et comme pour M. Trudeau, il lance des phrases qui passent bien au téléjournal, mais qui se révèlent rapidement creuses.

Le hic, c’est que M. Macron est aussi eurocentriste. Hic, disons-nous, puisque malgré la vacuité relative de ses propos, il était aussi le seul candidat d’envergure au premier tour de la présidentielle à vouloir demeurer au sein de l’Union européenne, à l’heure où le voisin britannique prépare son Brexit, et que les contrecoups de la crise grecque continuent de se faire sentir. Et puisqu’il représente ainsi une mouvance estimant qu’il est plus important de réformer l’Europe de l’intérieur plutôt que de claquer la porte en quémandant tout de même l’aumône, à l’instar des conservateurs de Theresa May, M. Macron séduit cette France cosmopolite plus ouverte sur le monde.

Libéral, parfois de gauche ou de droite pour séduire de part et d’autre, M. Macron est loin d’être le candidat idéal. Mais contre Marine Le Pen, contre une France raciste, xénophobe, centrée sur elle-même jusqu’à l’obsession, contre un pays capable de provoquer une gigantesque crise politico-économique s’il décidait de quitter l’Union européenne et l’euro, Emmanuel Macron fait rempart.

Comme l’indiquait récemment le premier ministre grec Yanis Varoufakis, lui aussi élu sur un coup de gueule de la population contre le système politique traditionnel, et qui a très rapidement été confronté à la realpolitik, il est essentiel de soutenir le candidat Macron, comme la gauche et la droite s’étaient ralliées derrière Jacques Chirac, pourtant néolibéral, contre Jean-Marie Le Pen en 2002.

Et M. Varoufakis de conclure, dans une vidéo publiée en ligne, « qu’après avoir consacré toutes nos forces à élire Emmanuel Macron, nous lutterons tout aussi fort contre lui ». Car si Macron l’emporte, il devra aussi surmonter l’obstacle des législatives, où les partis traditionnels sont bien installés…

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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