France: après le débat télé, la bataille devant les tribunaux

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Au lendemain du débat d’entre-deux-tours le plus violent de l’histoire de la Ve République, les deux candidats à l’élection présidentielle française ont poursuivi jeudi leur duel à distance illustré par la plainte contre X déposée par Emmanuel Macron, ultra-favori des sondages, pour propagation de fausses nouvelles.

Le parquet de Paris a immédiatement ouvert une enquête pour divulgation de fausses nouvelles en vue de « surprendre ou détourner les suffrages, faux, usage de faux, recel de faux » visant à influencer le déroulement de l’élection présidentielle.

Lors du débat télévisé de mercredi, la candidate du Front national, qui a multiplié les attaques ad hominem, a lancé au favori des sondages: « J’espère qu’on n’apprendra pas que vous avez un compte offshore aux Bahamas. »

La campagne de tweets accusant Emmanuel Macron d’évasion fiscale avait commencé à circuler juste avant le débat.

Cet affrontement à venir sur le terrain judiciaire est le symptôme d’une fin de campagne à couteaux tirés, comme l’a montré le débat de mercredi soir rendu quasiment inaudible par la violence des propos échangés.

Les deux protagonistes ont poursuivi leur affrontement jeudi dans les médias et lors de leurs déplacements. « Quand vous vous faites insulter toute une soirée, vous en sortez rarement grandi », a dit jeudi l’ancien ministre de l’Économie sur France Inter. « Parce que les mots ont un pouvoir, parce qu’il y a des gens qui écoutent la télévision et qui ne vont pas aller vérifier », a-t-il poursuivi.

Sévérité

De son côté, Marine Le Pen a estimé que le débat a été « sévère » mais « nécessaire ».

« Il ne faut pas avoir peur du débat, y compris quand il est féroce, c’est utile », a-t-elle dit sur BFMTV et RMC. « On ne venait pas pour prendre une tasse de thé ensemble. » Même si les sondages donnent Emmanuel Macron gagnant du débatu et si la presse attaque sa prestation, elle estime avoir réussi son pari: « Embêter Mr Macron. »

« Mais j’ai été frappée par la violence de la presse … comme une réaction de classe », a-t-elle dit lors d’un déplacement en Bretagne. « Ces marquis poudrés ont trouvé insupportable que soit montré le vrai visage de leur chouchou. »

Le débat de mercredi aura en tout cas conforté ceux qui, à droite, avaient déjà annoncé leur vote pour Emmanuel Macron.

L’ancien premier ministre Alain Juppé a déploré que le débat n’ait pas été « à la hauteur des enjeux ». « Mais la faute en incombe totalement à Mme Le Pen qui l’a constamment tiré vers le bas par la violence de ses attaques, souvent personnelles, par l’accumulation de ses erreurs ou de ses mensonges, par l’absence ou l’inconsistance de ses propositions », a-t-il écrit jeudi sur son blogue.

L’ancien président américain Barack Obama a lui aussi apporté son soutien à Emmanuel Macron dans une vidéo diffusée jeudi par le candidat.

Émoi à la Banque de France

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, est sorti de sa réserve pour attaquer, sans nommer la candidate, la proposition de Marine Le Pen de sortir de l’euro pour introduire une monnaie commune, l’ECU.

« On entend avancer certaines hypothèses de double monnaie, avec retour à une monnaie nationale en parallèle d’une monnaie européenne : je me dois de dire que de telles hypothèses mettraient en danger la confiance dans la monnaie », a-t-il dit. « Cette double circulation n’existe dans aucun pays avancé », a-t-il ajouté en ouverture d’un colloque.

Les sondages, eux, continuent à donner obstinément Emmanuel Macron gagnant dimanche prochain avec 20 points d’écart.

La nièce de la candidate du Front national, Marion Maréchal-Le Pen, a semblé avoir déjà intégré la défaite.

Priée de dire si un score de plus de 40% pourrait être interprété comme un succès, elle a répondu lors d’une interview à Boursorama et L’Opinion publiée jeudi: « Ce serait déjà en effet une énorme victoire, qui nous positionnera à l’avenir comme la seule véritable opposition crédible face à ce parti socialiste mutant. »

Les sondages ne sont pourtant pas bons pour le FN dans la perspective des législatives.

Le mouvement d’Emmanuel Macron, En Marche !, obtiendrait de 249 à 286 députés, selon une enquête Opinionway-SLPV Analytics pour les Echos publiée mercredi qui crédite la droite d’environ 200 députés, le FN et la gauche se partageant de maigres restes.

À gauche, la division règne pour le partage du reliquat. Les tensions déjà vives entre La France insoumise et le Parti communiste français (PCF) sont encore montées d’un cran jeudi avec la décision du mouvement de Jean-Luc Mélenchon d’engager des poursuites contre ses alliés communistes pour « usurpation » d’image en vue des législatives.

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Pieuvre.ca

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