SpaceX va lancer un satellite… avec une fusée réutilisée

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« Ce produit contient un pourcentage de fusée recyclée »: jeudi, l’entreprise SpaceX doit effectuer un nouveau lancement pour placer un satellite en orbite à partir de la péninsule de Floride. 

Mais cette mission sera tout sauf routinière pour la compagnie. La fusée Falcon 9 qu’emploiera SpaceX a en effet déjà effectué un décollage par le passé. Approximativement à la même époque, l’an dernier, l’engin a permis d’envoyer une cargaison en direction de la Station spatiale internationale (ISS) pour la NASA, avant de revenir sur Terre et de se poser à la verticale sur une barge automatisée flottant sur l’océan. Il s’agit de la première fois où SpaceX tentera de réutiliser l’une de ses fusées.

Comme l’écrit The Verge, cette démarche fait l’objet de travaux de la part de SpaceX depuis plus de cinq ans, maintenant, et il pourrait s’agir d’un moment charnière pour l’industrie aérospatiale. Jusqu’à maintenant, presque toutes les fusées pouvant atteindre l’orbite sont soit détruites, soit ne sont pas récupérées. Cela veut dire qu’une nouvelle fusée – avec des coûts pouvant atteindre les centaines de millions de dollars – doit être construite pour chaque lancement.

Mais le plan de SpaceX consiste à récupérer ses fusées après le lancement, plutôt que de s’en débarrasser, pour que les véhicules puissent être réutilisés. De cette façon, l’entreprise épargne en coûts de fabrication, ce qui pourrait faire baisser le prix des missions elles-mêmes.

En fait, seules des parties de la Falcon 9 seront réutilisées pour la mission de jeudi. Après chaque lancement, SpaceX tente de préserver le premier étage de ses véhicules. Il s’agit de la section, haute de 14 étages, qui comprend les moteurs principaux et la majeure partie du carburant. Environ 10 minutes après chaque lancement, ce premier étage se sépare de la coiffe de la fusée et effectue une descente contrôlée pour revenir sur Terre. Le carburant restant est employé pour rallumer les moteurs lors d’une série de manoeuvres, avant de ralentir le véhicule en vue de l’atterrissage.

SpaceX a tenté de faire atterrir la plupart des fusées lancées depuis deux ans, que ce soit en les ramenant au sol sur la terre ferme, ou en visant l’une de deux barges autonomes navigant sur l’océan. Sur les 13 tentatives, huit fusées ont réussi la manoeuvre. SpaceX a effectué des tests sur les étages récupérés pour voir si ces sections sont en mesure de voler de nouveau, ainsi que pour déterminer l’ampleur des réparations nécessaires avant d’effectuer un deuxième décollage.

Maintenant, le test de jeudi repose sur les épaules de la deuxième fusée récupérée par SpaceX. L’engin avait servi à envoyer du ravitaillement vers l’ISS le 8 avril 2016 avant de se poser sur une barge. SpaceX a arrêté son choix sur cet appareil, en partie parce qu’il voulait préserver la première fusée revenue sans heurt sur Terre, en décembre 2015. Cette section a été jugée spéciale par le président Elon Musk, et est maintenant exposée au siège de l’entreprise, en Californie.

Le client de SpaceX ayant commandé la mission de jeudi est SES, un exploitant de satellites sis au Luxembourg. Et le cargo est le satellite SES-10, qui doit fournir des services de communications à l’Amérique latine. SES-10 est destiné à se positionner sur une orbite extrêmement élevée, à quelque 30 000 kilomètres de la Terre, appelée orbite géostationnaire. Sur cette trajectoire, le satellite suit la rotation de la Terre, ce qui lui permet de demeurer constamment au-dessus de la même région.

SES a fait part de son intérêt à servir de « cobaye » pour la fusée réutilisée, et a annoncé ses plans en ce sens en août dernier. « En tant que premier exploitant satellitaire commercial à effectuer un lancement à l’aide de SpaceX en 2013, nous sommes excités d’être de nouveau le premier client à profiter d’une fusée ayant déjà volé », a fait savoir Martin Halliwell, l’un des dirigeants de l’entreprise. « Nous croyons que les engins réutilisables lanceront une nouvelle ère de l’exploration spatiale, et faciliteront l’accès à l’espace. »

La fusée de Space tentera aussi de se poser de nouveau sur une barge océanique, ce qui signifie que l’étage pourrait envisager d’être encore réutilisé à l’avenir. Il est toutefois impossible de déterminer le nombre d’utilisations possibles du premier étage d’une fusée Falcon 9. Par le passé, M. Musk a avancé le nombre dantesque de 100 utilisations, mais il dit plutôt s’attendre à 10 ou 20 lancements pour un seul véhicule.

Plus SpaceX réutilise ses fusées, plus l’entreprise économise de l’argent. Après tout, les moteurs et les réservoirs sont les parties les plus coûteuses à fabriquer, alors que faire un nouveau plein et effectuer des réparations pourrait n’engranger qu’une facture de quelques millions. Si l’on ignore les économies réalisées lors du lancement d’une fusée réutilisée, la présidente de SpaceX, Gwynne Shotwell, parle d’une réduction probable d’environ 30% pour les clients de l’entreprise.

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Pieuvre.ca

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