La guerre à la drogue des Philippines, un « possible crime contre l’humanité »

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Plus de 7000 personnes ont été tuées dans le cadre de la « guerre contre la drogue » du gouvernement depuis l’arrivée au pouvoir du président Rodrigo Duterte, alors qu’une campagne d’assassinats et de meurtres pourrait être qualifiée de crime contre l’humanité, selon un nouveau rapport d’Amnistie internationale.

Au dire du groupe indépendant, selon des propos rapportés par The Independent, cela équivaut à environ 1000 morts par mois, y compris 2500 cas où la police nationale serait supposément impliquée.

Dans son rapport, Amnistie a accusé la police de cibler systématiquement les pauvres, d’utiliser de fausses preuves, de recruter des tueurs mercenaires, de voler les possessions des victimes, et de falsifier des rapports officiels.

L’organisation affirme également que l’assassinat étatique systématique des présumés consommateurs et revendeurs de drogues, a supposément organisé et orchestré par les autorités, pourrait représenter un crime contre l’humanité en vertu du droit international.

Le rapport d’Amnistie, intitulé Si vous êtes pauvres, vous êtes tué: exécutions extrajudiciaires dans le cadre de la « guerre contre la drogue » des Philippines, paraît alors que M. Duterte a retiré les forces de police qui participaient à sa campagne antidrogue, confiant plutôt la tâche à une agence anti-narcotiques bien plus petite.

M. Duterte est furieux que la police nationale ait kidnappé et tué un homme d’affaires sud-coréen, Jee Ick-joo, lors d’une intervention de l’escouade antidrogue. L’affaire a provoqué un scandale d’ampleur internationale. M. Jee a été tué alors qu’il se trouvait sur le terrain du quartier général de la police.

L’agence anti-narcotiques des Philippines gérerait les opérations antidrogue, selon le porte-parole présidentiel Ernesto Abella. Ses 1800 employés équivalent à un peu plus d’1% des 160 000 hommes de la police.

Le président a suggéré qu’il pourrait faire appel à l’armée pour combler le manque de main-d’oeuvre. Dans un discours présenté aux soldats, M. Duterte a laissé entendre qu’il aurait peut-être besoin de leur aide, affirmant qu’il serait « foutu » « si je ne vous incluait pas dans les opérations ».

L’attaque contre la police nationale est une volte-face surprise de la part de Duterte, dont l’appui envers la police était indéfectible dans le cadre de la guerre contre la drogue.

Son porte-parole a dit que le président était pleinement au courant de la corruption au sein de la police lorsqu’il leur a donné la responsabilité de combattre les narcotiques, mais que les problèmes liés à la drogue étaient si importants qu’il n’avait pas d’autre choix.

Le rapport d’Amnistie a impliqué une enquête sur 33 affaires ayant impliqué les meurtres de 59 personnes. Les chercheurs ont interviewé 110 personnes de partout au pays, en plus d’examiner des documents, y compris des rapports de police.

Le document soutient que la police, travaillant à partir de listes non vérifiées de gens utilisant ou vendant supposément des drogues, avait donné l’assaut contre des résidences et tué des gens désarmés, y compris des personnes prêtes à se rendre.

Falsifiant leurs rapports d’incident subséquents, la police a fréquemment soutenu qu’elle avait été visée en premier par les tirs, selon Amnistie. Contrairement aux affirmations de la police, des témoins ont confié à l’ONG que la police avait effectué des descentes nocturnes, n’avaient pas tenté d’arrestations et avait ouvert le feu sur des gens sans armes. Dans certains cas, des témoins ont mentionné que la police avait déposé des drogues et des armes sur les scènes de crime, comme autant d’objets présentés comme « preuves » par la suite.

 

 

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