Les États-Unis de Steve Bannon

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Lorsque l’administration de Donald Trump a mis au point son décret controversé sur l’immigration, Steve Bannon, figure de la droite « alternative » proche des courants nationalistes et suprémacistes blancs, a imposé sa ligne dure.

De hauts responsables du département de la Sécurité intérieure (DHS, Department of Homeland Security) ont cru d’abord que le décret présidentiel interdisant le territoire américain aux ressortissants de sept pays musulmans excluait des contrôles supplémentaires pour les détenteurs de la « carte verte », le titre de séjour permanent aux États-Unis.

Mais Bannon, qui est le stratège en chef de Donald Trump et a supervisé à ce titre l’élaboration du décret avec le conseiller politique Stephen Miller, l’un de ses proches alliés, a vite retoqué leur proposition.

« Ils ont pris en charge l’opération », a déclaré un haut responsable du DHS, ajoutant que les experts du ministère avaient été « quasi immédiatement ignorés par la Maison-Blanche, c’est-à-dire Bannon et Miller ».

Un haut responsable de la sécurité nationale décrit les deux hommes comme une tag team, une équipe de deux catcheurs chargée de mettre en oeuvre les principales mesures de Donald Trump, y compris cette interdiction temporaire d’accès au territoire américain visant tous les réfugiés pendant 120 jours ainsi que les ressortissants de sept pays (Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie, Yémen) pendant 90 jours.

Selon un responsable du DHS et deux hauts fonctionnaires à Washington travaillant notamment sur l’immigration, Bannon et Miller enterrent les opinions plus modérées de responsables comme le secrétaire général de la Maison-Blanche Reince Priebus. Ce dernier ne parvient pas à faire prévaloir ses vues, alors qu’il pensait avoir placé ses pions aux postes clés.

La Maison-Blanche dénigre ce qu’elle qualifie de commérages.

Réorganisation critiquée

Steve Bannon est accusé de racisme et d’antisémitisme par ses adversaires. Sous sa direction, le site Breitbart News s’est fait le porte-voix du mouvement « alt-right » (« droite alternative »), qui rassemble ultranationalistes, néo-nazis, suprémacistes et antisémites.

Pendant la campagne présidentielle, le site a présenté un certain nombre de théories du complot visant la candidate démocrate Hillary Clinton, ou les républicains trop « modérés ».

Bannon se dit intéressé par le nationalisme pour corriger les effets nocifs de la mondialisation et affirme rejeter les tendances « ethno-nationalistes » au sein de l’alt-right.

Nommé directeur de campagne de Trump en août dernier, cet ancien de la banque de Goldman Sachs et de l’US Navy a par la suite été désigné haut conseiller et stratège en chef du milliardaire, deux postes non soumis à confirmation du Sénat.

Steve Bannon est pratiquement toujours présent au côté de Donald Trump depuis que ce dernier a été investi à la présidence le 20 janvier.

Lors de ces dix premiers jours, il a par exemple assisté à une réunion de Donald Trump avec les industriels, à une visite au siège de la CIA ou à un entretien du président avec la première ministre britannique Theresa May dans le Bureau ovale.

Samedi, Donald Trump a également décidé que Steve Bannon participerait aux réunions du Conseil de sécurité nationale (NSC), auxquelles le directeur du renseignement national et le chef d’état-major interarmes n’assisteraient plus systématiquement comme il était d’usage sous la présidence de Barack Obama.

Selon un responsable du NSC, Bannon repasse derrière tous les communiqués de la Maison-Blanche et du NSC et les fait réécrire si nécessaire.

« Une semaine de folie »

Cette réorganisation du NSC, qui accorde formellement un rôle à Bannon, est vivement critiquée, y compris par d’anciens hauts responsables du renseignement, qui jugent qu’elle risque de politiser les décisions touchant à la sécurité nationale. « De bien des façons, c’est sans précédent. La plupart du temps, ces discussions sont analytiques, très techniques, et il n’y a pas beaucoup de place pour la politique », commente Shannon Green, ancienne membre du NSC.

Le porte-parole de la Maison-Blanche Sean Spicer s’est efforcé de faire taire la controverse lundi en déclarant: « Rien n’a changé. »

Il a défendu une décision transparente et ajouté que David Axelrod, conseiller politique de Barack Obama, assistait « très fréquemment » aux réunions du NSC.

Affirmation rejetée par l’intéressé lundi sur le site de CNN, qui a déclaré qu’il n’avait assisté qu’à des réunions consacrées à l’Afghanistan et au Pakistan au début du mandat d’Obama. « Je n’étais pas membre du Conseil, je ne parlais pas, je ne participais pas. J’étais assis sur le côté en qualité qu’observateur silencieux », a dit Axelrod.

Susan Rice, l’ancienne conseillère à la sécurité nationale de Barack Obama, a commenté dimanche à sa manière le tour des événements sur Twitter: « C’est complètement dingue. Après une semaine de folie. »

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