Les autorités de Chicago s’attardent aux accidents de la route malgré les 780 meurtres

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René-Maxime Parent

Dans la ville de Chicago, il y a eu sept fois plus d’homicides que de morts causées par des accidents de la route en 2016. Malgré cette disproportion, les autorités préfèrent investir dans le plan Vision Zero afin de sécuriser les infrastructures routières, critique le rédacteur en chef de Streetblog Chicago, John Greenfield.

À partir de l’aéroport Midway au sud de Chicago, les voyageurs prennent le métro aérien pour se rendre dans le centre-ville. Dans le wagon, on aperçoit sous la rame de la ligne orange des immeubles condamnés reflétant un aspect glauque de cette partie de la ville. À chaque arrêt, les 1200 km parcourus par avion en moins de trois heures s’allongent dans un effet de suspense. Qui va surgir dans le wagon ? Puis les portes se referment, le métro poursuit sa trajectoire.

« Les grues sont partout dans le centre-ville de Chicago, où les travailleurs blancs se précipitent avec leur casque et leurs bottes à cap d’acier », écrit Mary Mitchell dans le Chicago Sun Times du 31 décembre. « Mais, dans les zones sud et ouest, de grandes parties du territoire urbain sont en ruines et des commerces sont condamnés. Là, les jeunes hommes noirs errent aux coins des rues, beau temps mauvais temps, jour et nuit. Certains d’entre eux vont vivre jusqu’à 30 ans. Beaucoup d’autres n’y arriveront pas », poursuit-elle.

« Les gangs sont plus dissipées aujourd’hui et leurs membres mettent les médias sociaux à leur disposition. Ça c’est une raison pourquoi il y a autant de meurtres dans la même journée, en une fin de semaine, pendant la nuit de Noël », affirme le sociologue Elijah Anderson. Déjà en 1994, son étude intitulée « Code of the Street : Decency, Violence and the Moral Life of the Inner City » mettait les autorités en garde contre l’enlisement du «ghetto». « À un moment, les gangs étaient mieux organisées, ce qui limitait la violence et les meurtres. Aujourd’hui, plus de jeunes sont à la pige », poursuit le professeur en sociologie à Yale University.

À la hauteur du « Loop », où les rames de métro se joignent pour former un carré qui délimite cette partie du centre-ville, le touriste oublie les parties sud et ouest troubles. L’individu se sent minuscule dans un monde géant, au milieu de cet urbanisme moderne conçu pour l’automobile. En empruntant les trottoirs recouverts, les piétons ne se doutent pas que ces passages ont été aménagés après la construction des édifices afin de sécuriser les déplacements piétonniers, pour contrer les accidents de la route fréquents à Chicago.

Zonage discriminatoire

À 780 homicides, il s’agit d’une augmentation de 60 % depuis l’année 2015, d’après le Chicago Tribune. Alors que 107 personnes sont décédées d’accidents de la route en 2016, la moyenne pour cette ville, d’après le Chicago Police Department. Si les homicides sont concentrés dans les quartiers défavorisés Latino et Afro-Américains, les accidents de la route sont répartis sur l’ensemble du territoire de Chicago. Cette localisation explique les politiques mis en place par les autorités, soulève John Greenfield dans le Reader du 3 janvier.

Bien que les autorités des villes de New York et de Los Angeles aient réduit leur nombre d’homicides ces dernières années, John Greenfield dénonce l’intensité de la législation de ségrégation résidentielle en vigueur à Chicago.

La délimitation d’une zone où la pauvreté et les inégalités sociales engendrant la violence dans certaines communautés se concentrent a pour conséquence de faciliter l’ignorance de ces problèmes pour les gens vivant dans les quartiers aisés. Ainsi, l’ensemble des résidents de Chicago considère que la violence causée par les accidents de la route est un enjeu plus important que la violence induite par les homicides.

John Greenfield justifie la comparaison des deux enjeux par le fait que le plan Vision Zero va mobiliser les mêmes ressources que l’on mobiliserait pour établir un plan efficace pour mettre fin au « ghetto » : la police, le Public Health, les Family and Support Services, l’Innovation and Technology et la Chicago Housing Authority, le Chicago Public Schools, le Chicago Park District et d’autres agences municipales.

Bannir les armes à feu serait une solution pour enrayer le fléau, mais la Cour suprême des États-Unis a annulé en 2010 la décision de la ville de Chicago d’interdire les armes de poing sur le territoire de la ville.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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