L’extrême-droite à un cheveu de la présidence autrichienne

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L’Autriche pourrait devenir dimanche le premier pays de l’Union européenne à élire un chef d’État appartenant à l’extrême droite.

Candidat du Parti de la liberté (FPÖ), islamophobe et eurosceptique, Norbert Hofer, 45 ans, compte bénéficier de « l’effet Trump » pour obtenir la victoire face à l’ancien dirigeant écologiste Alexander Van der Bellen, 72 ans.

Ce dernier a remporté de peu – 31 000 voix d’avance – l’élection présidentielle en mai, mais le résultat a été annulé par la Cour constitutionnelle en raison d’irrégularités dans le dépouillement des votes par correspondance.

Ce qui explique la tenue d’un nouveau second tour dimanche, que toute l’Europe va suivre avec attention et à l’approche duquel les deux hommes étaient très proches dans les sondages d’opinion.

Norbert Hofer se voit comme un nationaliste proche du peuple et tient un discours que ne renieraient pas Marine Le Pen en France ou Donald Trump.

Le FPÖ, comme le futur président des États-Unis l’a fait durant sa campagne électorale ou le Front national en France le pratique depuis des années, profite des peurs d’une partie de la population au sujet du chômage et de l’immigration, ainsi que de la colère contre la classe politique dominante en général.

Alexander Van der Bellen entend, lui, tourner à son avantage les propos populistes de son adversaire et, comme il l’a dit ces dernières semaines, retourner l’arme Trump contre son rival.

Pas juste un rôle protocolaire

Les deux candidats se retrouvent à briguer la présidence à la faveur d’un effondrement des deux partis traditionnels, les sociaux-démocrates du SPÖ et les conservateurs de l’ÖVP, qui dominent la vie politique autrichienne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le chef de l’État en Autriche, pays de près de neuf millions d’habitants, joue traditionnellement un rôle protocolaire mais il dispose de certains pouvoirs, comme celui de nommer le chancelier, de révoquer le gouvernement et il est le chef des armées.

Les prochaines élections législatives sont prévues en 2018 et une victoire de Norbert Hofer pourrait placer le FPÖ en position de l’emporter en cas de scrutin anticipé. Les sondages le créditent de jusqu’à 35% des intentions de vote.

Historiquement, le FPÖ trouve ses racines dans l’immédiat après-guerre. Son premier dirigeant fut Anton Reinthaller, ancien Nazi qui fut ministre de l’Agriculture après l’annexion de l’Autriche par Hitler en 1938.

Et plus récemment, il y eut Jörg Haider, qui prit les rênes du parti en 1986 et le propulsa sur le devant de la scène politique, jusqu’à sa mort dans un accident de voiture en 2008. Aujourd’hui, nombre de militants du FPÖ se revendiquent nationalistes d’abord et balaient d’un revers de main toute référence à un passé nazi.

« Nous ne sommes pas un parti nazi, je ne me considérerais jamais nazi », assure ainsi Patricia Haginger, vendeuse dans un magasin de chaussures d’un quartier ouvrier de Linz. « Ce que nous voulons, c’est la sécurité et défendre l’Autriche en premier. »

La « menace » migrante

Les deux adversaires n’ont pas été avares d’attaques acerbes durant la campagne. Norbert Hofer a qualifié son rival de « fasciste écologiste », ce dernier ayant annoncé que s’il était élu, il empêcherait la formation d’un gouvernement par le patron du FPÖ, Heinz-Christian Strache. Alexander Van der Bellen, qui est professeur d’économie, a pour sa part accusé Norbert Hofer de chercher à trouver n’importe quel prétexte pour destituer le gouvernement en place et le remplacer par un cabinet de droite.

Ancien ingénieur de l’aéronautique, le candidat du FPÖ cache derrière un style discret et policé une détermination de fer comme en témoigne son accident de parapente en août 2003 qui l’avait cloué sur une chaise roulante. Après six mois de rééducation, il était parvenu à retrouver la motricité de ses jambes et à marcher à l’aide d’une canne.

Il a annoncé qu’il ne nommerait jamais une ministre portant le voile, qu’il considère comme un symbole de l’oppression subie par les femmes. « Je dis les choses telles qu’elles sont », a-t-il l’habitude de répéter.

Ses déclarations sur la menace posée par l’arrivée de migrants musulmans ont fait les titres de la presse mais la progression du FPÖ est perceptible depuis des années et ne résulte pas seulement de la récente crise migratoire.

Le sentiment électoral est plus diffus et se cristallise aussi, comme ailleurs en Europe, sur les questions du chômage, de sécurité et de la conviction que l’évolution sociale, ou la mondialisation, s’accomplissent au détriment des gens.

Favorable à l’Europe, Alexander Van der Bellen est un écologiste typique qui attire l’électorat féminin, éduqué et celui des grandes villes, dont Vienne. Les électeurs de Norbert Hofer sont plus souvent des hommes, beaucoup d’extraction modeste, avec un faible niveau d’éducation.

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