Les rebelles syriens plongés dans l’incertitude de l’ère Trump

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À la veille de la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, des émissaires de la rébellion syrienne ont rencontré des représentants américains pour s’enquérir des perspectives des programmes de livraisons d’armes.

Il leur a été répondu qu’ils se poursuivraient jusqu’à la fin de l’année mais que leurs suites dépendraient avant tout de l’identité du futur président.

Tout au long de sa campagne, Donald Trump n’a pas caché son hostilité envers le soutien apporté à certains groupes rebelles par l’administration Obama et s’est engagé à rebattre les cartes de la politique syrienne américaine. De fait, les livraisons américaines pourraient tout simplement cesser.

Supervisé par la CIA, le programme de soutien a permis de fournir des équipements et d’entraîner la rébellion modérée en coordination avec la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar ou encore la Jordanie.

L’élection de Donald Trump pourrait aboutir à la fin de l’appui américain à l’Armée syrienne libre (ASL), une nébuleuse de groupes rebelles, au profit de la seule lutte contre l’État islamique qui contrôle toujours de vastes territoires dans l’est et le centre de la Syrie.

Ce combat contre les djihadistes pourrait même s’organiser en étroite coopération avec la Russie, alliée du régime de Bachar al Assad, qui bombarde de son côté indifféremment les composantes modérées de la rébellion et les djihadistes du Front Fateh al Cham, l’ex-Front al Nosra.

Bachar al Assad s’est d’ailleurs dit prêt mardi à coopérer avec le futur président américain dans sa lutte contre les islamistes, tout en disant attendre de connaître la teneur de sa politique syrienne.

Quelle chance?

Chez les rebelles, on tente de se convaincre que l’élection de Donald Trump n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Certains déplorent depuis longtemps que Washington encadre trop strictement les livraisons d’armes en provenance d’Arabie saoudite et se demandent si l’élection de l’homme d’affaires ne permettra pas à Ryad de livrer enfin les armes puissantes qu’ils réclament, des missiles sol-air notamment.

Selon un représentant des rebelles, aucun contact n’a été établi avec les Etats-Unis depuis la victoire de Donald Trump et la fin du soutien américain accompagné d’une levée du « veto » de Washington sur les livraisons d’armes lourdes serait une bonne nouvelle. « Tout le monde se livre à des spéculations. Il y a des perspectives positives et des perspectives négatives, mais rien n’est sûr », a-t-il déclaré.

De nombreux analystes soulignent toutefois qu’il est encore trop tôt pour esquisser les contours de la politique syrienne du futur président américain qui pourrait devoir composer avec l’hostilité historique des républicains à l’égard de la Russie, mais aussi de l’Iran et du Hezbollah libanais, qui ont envoyé des dizaines de milliers de miliciens chiites combattre au côté des forces de Bachar al Assad.

Différences

L’autre grande question entourant la politique syrienne de Donald Trump est celle de savoir s’il s’alignera sur la position défendue par les Occidentaux qui jugent qu’il n’existe aucune perspective de paix tant que Bachar al Assad sera au pouvoir. Ils estiment également que l’émergence d’une force politique sunnite est indispensable dans un pays où les alaouites, la minorité religieuse à laquelle appartient le dirigeant syrien, accaparent le pouvoir depuis des décennies alors qu’ils sont extrêmement minoritaires.

Ce souhait se heurte cependant aux dissensions qui rejaillissent régulièrement au sein de l’opposition et au poids des djihadistes au sein de la rébellion. Un diplomate américain fait d’ailleurs remarquer que tourner le dos à l’ASL ferait le jeu des groupes islamistes les plus radicaux.

Si les rebelles modérés étaient abandonnés par les États-Unis, leur sort dépendrait des Saoudiens, des Qataris et des Turcs, mais le récent rapprochement observé entre Moscou et Ankara vient là encore brouiller les cartes.

Adversaire déclaré du régime syrien, la Turquie semble toutefois privilégier la lutte contre l’État islamique et contre les forces kurdes qui opèrent dans le nord de la Syrie et dont les succès irritent le pouvoir turc.

Selon Mohamed Aboud, un ancien commandant rebelle désormais membre au Haut conseil des négociations, l’engagement turc en Syrie pourrait toutefois bénéficier à la rébellion et inciter les États-Unis à adopter une ligne claire en Syrie, ce qui n’a pas été le cas sous la présidence Obama.

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