Contre les insultes, la censure web de la junte thaïlandaise

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Le gouvernement thaïlandais a rencontré des représentants du géant du web Google, dans la foulée de demandes, de la part des royalistes thaïs partisans de la ligne dure, pour que ceux qui insultent la monarchie soient traduits en justice. Le tout dans un contexte où la population s’inquiète d’un avenir sans le roi particulièrement apprécié.

La mort du souverain Bhumibol Adulyadej, le 13 octobre, a plongé le pays de 67 millions d’habitants dans une période de deuil. Le décès a également mené à la montée en puissance de groupes de militants ultraroyalistes qui disent vouloir punir quiconque donnant l’impression d’insulter la monarchie pendant une période difficile pour le pays.

Le premier ministre adjoint Prajin Juntong a dit qu’il a rencontré des responsables de Google vendredi à Bangkok. L’entreprise américaine a indiqué lors de la réunion qu’elle continuerait à retirer les contenus jugés offensants sur YouTube, une division de Google.

« Si un site web est inapproprié, ils ont dit de les contacter et de leur communiquer l’URL et le moment de la découverte du contenu en question », a confié M. Prajin à la presse. Cela est conforme aux pratiques de Google à travers le monde, soutient Alphabet, la compagnie mère de Google. « Nous avons toujours eu des politiques claires et constantes en ce qui concerne les requêtes de retrait de contenu de la part des différents gouvernements à travers le monde, et nous continuons de fonctionner en fonction de ces normes », a indiqué vendredi un porte-parole de Google en Californie.

« Lorsque nous sommes informés de la présence de contenus illégaux via les canaux officiels, nous restreindront celui-ci dans le pays où ils sont illégaux après un examen approfondi. »

Identification

Le gouvernement militaire thaïlandais a indiqué mardi qu’il surveillait des gens suspectés d’avoir insulté la monarchie à la suite de la mort du souverain, et demanderait aux pays étrangers de les extrader.

Certains détracteurs de la monarchie vivant à l’extérieur du pays ont été identifiés et publiquement humiliés sur des forums internet en langue thaï. Dans le « vrai monde », certains Thaïlandais ont choisi de ne pas porter de noir, la couleur officielle du deuil, et ont été la cible de quolibets.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2014 à la suite d’un coup d’État, la junte a tenté de faire renforcer la censure sur les médias sociaux, y compris sur Facebook, ainsi que sur Google et via le service de messagerie instantanée japonais LINE.

La loi sur l’insulte de la monarchie thaïlandaise criminalise le fait d’insulter le roi, la reine, leur héritier ou un régent. Ceux qui sont reconnus coupables risquent jusqu’à 15 ans de prison. Cette loi empêche une véritable discussion publique sur le rôle de la monarchie et son avenir à la suite de la mort du souverain, décédé après avoir régné pendant 70 ans. L’homme était considéré comme une figure unificatrice.

Depuis son arrivée au pouvoir, il y a deux ans, la junte, appelée officiellement Conseil national pour la paix et l’ordre, a adopté une position ferme sur la question de la dissension. Le régime a fait l’objet de vives critiques de la part de la communauté internationale pour des peines de prisons inhabituellement longues assénées par des tribunaux militaires contre des civils pour avoir violé la loi de lèse-majesté.

Le gouvernement militaire n’a cessé de rejeter les accusations de violation des droits de la personne.

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