Près de Mossoul, les milices chiites sont sous surveillance

0

Pieuvre.ca

Pour les miliciens chiites des Forces de mobilisation populaire (FMP), la cible dans le nord de l’Irak n’est pas la grande ville de Mossoul mais, à 100 km de là, celle d’Haouidja. Les craintes d’un déchaînement de violences intercommunautaires entre sunnites et chiites ont convaincu les autorités de Bagdad d’exclure les milices chiites de l’offensive attendue de longue date pour reprendre Mossoul au groupe État islamique (EI).

Les miliciens des FMP, qui jouissent d’un statut officiel reconnu à Bagdad, ont été accusés par les Nations unies et des associations de défense des droits de l’homme d’exactions de toutes sortes dans des secteurs repris à l’EI.

Ce sont des combattants aux qualités reconnues, mais leur présence au front est souvent mal vécue, voire crainte par les habitants de secteurs à majorité sunnite. Le gouvernement irakien veut pour cette raison les tenir éloignés de Mossoul. Pareille décision n’a pas été aisée à prendre sur le plan politique à Bagdad, dit-on dans les milieux diplomatiques. « Beaucoup de gens étaient contre », raconte un diplomate au fait de ces négociations. En outre, le compromis auquel on a abouti n’exclut pas que des exactions aient lieu à Haouidja. « On est vraiment inquiets », dit-il.

Les hommes des FMP assurent que les habitants d’Haouidja n’ont rien à craindre. « Notre rôle est de les libérer de la tyrannie de Daech, » dit un porte-parole des milices, Ali al Hussaini. « Nous ferons en sorte que les gens soient protégés. Nous sommes leur frères, pas leur ennemi. »

Violences

Haouidja est une ville de 200 000 habitants où l’EI, racontent des habitants qui ont pu fuir, a imposé un régime particulièrement strict, devenu de plus en plus dur et violent à mesure que la bataille pour Mossoul approchait. Des exécutions ont lieu pratiquement tous les jours. Les cadavres des suppliciés sont accrochés aux lampadaires. Pour l’exemple.

« Tout le monde cherche à partir, » dit Oum Kamal, une femme d’une cinquantaine d’années. Elle a fui mardi dernier en pleine nuit avec ses trois enfants en franchissant à la nage une rivière, pourchassés par des hommes de l’EI qui leur tiraient dessus de la rive.

En une seule nuit la semaine dernière, environ 800 personnes ont fui la ville. La plupart d’entre elles sont aujourd’hui dans un camp proche de Dakouk, l’un des sites installés par les agences d’aide humanitaire en prévision de l’exode massif que la bataille de Mossoul va déclencher.

« On se prépare à faire face à une urgence de grande ampleur », explique Maulid Warfa, responsable de l’antenne de l’UNICEF au camp de Dakouk. Dans les deux premières semaines de l’offensive contre Mossoul, l’ONU s’attend au déplacement d’environ 200 000 personnes.

Au beau milieu de cette urgence humanitaire, les autorités craignent donc que les miliciens chiites ne commettent des violences contre les populations sunnites. Le passé leur donne raison.

Les Nations unies ont rapporté en juillet avoir une liste de 640 hommes et enfants enlevés par une milice chiite affiliée au gouvernement lors de la bataille pour la reprise de Falloudja. Une cinquantaine d’autres ont été exécutés ou torturés à mort. À Haouidja même, en 2013, des dizaines de personnes avaient été tuées lors de la répression de mouvements de protestation anti-gouvernementaux par les forces de l’ordre à majorité chiite.

Ces violences ne seraient pas étrangères au fait que les habitants de la ville aient souhaité se mettre, en quelque sorte, sous la protection de l’EI l’année suivante.

Partagez

À propos du journaliste

Pieuvre.ca

Répondre