Godzilla, l’increvable monstre nucléaire

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Couvert de cicatrices après 62 années de combats, le roi des monstres japonais refuse de mourir. Godzilla continue de rugir au grand écran, menaçant Tokyo de son souffle radioactif et multipliant les records d’audimat, écrit The Economist.

Sa 29e apparition au cinéma, Shin Gojira (Godzilla Resurgence) a attiré plus de quatre millions de cinéphiles et engrangé des recettes de l’ordre de 65 millions $ US, ce qui en fait l’un des films les plus populaires de l’année au Japon. Aux États-Unis, les amateurs pourront retrouver le reptile géant dès le mois prochain, avec une présentation en première à Los Angeles, le 3 octobre.

Godzilla a multiplié les entrées au cinéma depuis le début des années 1950, entre autres en représentant les anxiétés des diverses époques traversées par le monstre. D’abord une métaphore à propos des bombes nucléaires américaines tombées sur Hiroshima et Nagasaki en 1945, il s’est transformé en un ami de la famille pendant les décennies optimistes de l’après-guerre, ressortant périodiquement de la Baie de Tokyo pour combattre des menaces étrangères.

À partir des années 1980, dans la foulée du malaise découlant de la soudaineté de la croissance économique japonaise et de l’étalage de richesses qui l’a accompagnée, un Godzilla plus sombre (et plus grand) a affronté la volonté de bureaucrates sans âmes et a pulvérisé les nouveaux gratte-ciel de Tokyo. L’un des combats les plus importants du film de 1991 résulte en la destruction du Bâtiment gouvernemental métropolitain, un symbole du pouvoir bureaucratique.

Il y a eu une pause de plus d’une décennie depuis le dernier film tourné au Japon, Godzilla: Final Wars, qui fut l’un des rares échecs du monstre. La plus récente incarnation de la bête chez l’Oncle Sam, Godzilla, est sortie en 2014 et a récolté plus de 500 millions $ US au box-office, y compris 30 millions $ US au Japon. Ce succès a poussé Toho, le studio japonais responsable de la franchise, à lâcher une fois de plus le monstre iconique sur le monde.

Le retour triomphant de Godzilla démontre que Toho n’a pas perdu son talent pour amasser de l’argent en surfant sur les tendances. Son nouveau film fait référence à la réaction confuse du gouvernement dans la foulée de la catastrophe de 2011, particulièrement en ce qui concerne le désastre nucléaire à la centrale de Fukushima. Plutôt que de s’en prendre uniquement aux bureaucrates de l’élite, cependant, le film les montre plutôt alors qu’ils collaborent avec les populaires Forces d’autodéfense du pays pour renvoyer Godzilla au fond de la Baie de Tokyo. Le message semble être que le Japon travaille à l’unisson, et le générique montre plus de 250 compagnies collaborant pour réaliser le tournage, des compagnies de transport ferroviaire aux fournisseurs de béton; plusieurs de ces entreprises ont reçu une demande de coopération pour que Godzilla puisse détruire leurs bâtiments tokyoïtes à l’écran.

D’autres interprétations plus sombres de ce que pourrait représenter le monstre circulent de nouveau: pour certains, le nationalisme mou affiché par le nouveau film transforme Godzilla en une métaphore évidente de la montée en puissance de la Chine et de son expansion militariste, qui provoque la peur de plusieurs Japonais. Pour d’autres, il s’agit plutôt d’une référence au gouvernement de Shinzo Abe, le premier ministre, dont les détracteurs le comparent à une personnalité sinistre désireuse de ramener le pays en arrière, vers son passé militariste.

Au final, cependant, la plus forte connexion avec le public, estime l’expert en culture populaire Mark Schreiber, réside dans sa présentation de l’adversité au sein d’une ville ayant été détruite à deux reprises au cours du dernier siècle, et qui vit sous la menace inévitable d’un autre tremblement de terre et tsunami meurtrier. Il y a quatre ans, des scientifiques ont affirmé que jusqu’à 323 000 personnes pourraient mourir si un séisme majeur touchait la région de Tokyo. Le monstre représente une force irrésistible, que ce soit la guerre ou une catastrophe naturelle. « Cette force est terrifiante, mais toujours transitoire », estime M. Schreiber. « Les Japonais savent qu’ils pourront se remettre sur pied et continuer. » La franchise du gigantesque reptile semble donc avoir plusieurs autres décennies d’existence devant elle.

 

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