Le Congrès national africain (ANC) arrive en tête selon les résultats partiels des élections municipales en Afrique du Sud, publiés jeudi, mais pourrait perdre le contrôle de plusieurs villes majeures et subir son plus lourd revers électoral depuis son accession au pouvoir, écrit Reuters.
Le parti, qui a mis fin à l’apartheid après avoir remporté les premières élections démocratiques du pays en 1994, faisait face mercredi à des élections à valeur de test, à l’heure où le second mandat du président Jacob Zuma est miné par les scandales de corruption et la stagnation économique.
L’ANC enregistre provisoirement, avec près de la moitié des bulletins dépouillés, une majorité de 52%, contre 31% pour son principal adversaire, l’Alliance démocratique (DA), et 9% pour les Freedom Economic Fighters, une faction qui s’est séparée de l’ANC en 2013. Les résultats définitifs ne sont pas attendus avant vendredi.
L’ANC se trouve cependant devancé par l’Alliance démocratique dans des municipalités incluant les villes de Pretoria, Johannesburg et Port Elizabeth, où il n’avait rencontré jusqu’à maintenant presque aucune opposition depuis la fin de l’apartheid.
Dans la municipalité de Tshwane, qui englobe la capitale, Pretoria, la DA recueille 45% des voix contre 40% pour l’ANC après dépouillement de 40% des bulletins.
« Il semblerait que nous allons diriger beaucoup d’endroits que nous n’avions pas dirigé auparavant », a déclaré un responsable du parti Alliance démocratique, James Selfe.
L’ANC a estimé qu’il pourrait garder la municipalité de Tshwane mais s’est dit plus incertain pour Johannesburg et Nelson Mandela Bay, qui inclut Port Elizabeth.
Dans la municipalité hautement symbolique de Nelson Mandela Bay, dans le sud-est du pays, la DA semble l’emporter, avec 55% des voix, contre 35% pour l’ANC, 59% des votes ayant été comptabilisés.
L’écart est plus resserré dans la capitale économique Johannesburg, avec 44% pour la DA, contre 40% pour l’ANC, avec 23% des votes dépouillés.
Zuma en difficulté
Aux précédentes élections municipales, en 2011, l’ANC avait remporté 62% des suffrages, contre 24% pour la DA. Toute défaite significative du parti de Jacob Zuma dans les urnes serait perçue comme un signe alarmant en vue des élections législatives de 2019.
L’Alliance démocratique, un parti historiquement blanc mais qui a choisi l’an dernier un dirigeant noir, Mmusi Maimane, devrait également conserver Le Cap, seule ville du pays à ne pas être dirigée par l’ANC, avec 69% contre 22% pour l’ANC, 60% des votes ayant été comptabilisés.
De nombreux Sud-Africains qui attendaient leur tour dans l’isoloir se disaient inquiets mercredi de la politique économique de Jacob Zuma et de l’état de l’industrie du pays, où plus d’un quart de la population active est au chômage.
Zuma a échappé à un vote de destitution en avril, après un jugement de la Cour constitutionnelle lui ordonnant de rembourser quelque 14 millions d’euros d’argent public engagés pour rénover sa résidence de Nkandla.
Il a assuré qu’il rembourserait une partie des fonds, tout en rejetant toute critique sur son intégrité, mais la colère des Sud-Africains gronde dans un pays au bord de la récession.
Sur les marchés, les analystes anticipent un déclassement de la note du pays à « spéculatif ». « Un résultat faible pour l’ANC, (c’est-à-dire) obtenir moins de 55% des votes au niveau national et perdre trois métropoles, serait probablement vu positivement par les marchés », a jugé Peter Attard Montalto, analyste spécialiste des pays émergents pour Nomura.