Les travaillistes pris dans une guerre de succession

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Moins d’un an après avoir porté à sa tête Jeremy Corbyn sur la promesse d’une « politique plus généreuse », le Parti travailliste britannique est au bord d’une guerre fratricide de nature à menacer son statut de formation politique majeure pour la première fois en 116 années d’existence, rapporte Reuters.

Le référendum du 23 juin, qui a entériné la décision d’un Brexit, a ouvert une crise d’une ampleur inédite au sein du Labour, créant un fossé grandissant entre les militants et les élus du parti.

Plusieurs centaines de milliers d’adhérents du Parti travailliste soutiennent ouvertement leur chef de file, Jeremy Corbyn, tandis que la majeure partie des parlementaires lui reprochent de ne pas avoir suffisamment défendu le « Remain » (maintien) et de ne pas avoir l’étoffe d’un chef.

Après un vote de défiance des députés travaillistes, Corbyn doit désormais défendre son poste face à son rival déclaré, Owen Smith, qui entend prendre la tête du Labour.

Le président en place devrait probablement être confirmé dans ses fonctions lors de l’annonce du résultat prévu le 24 septembre mais cette élection risque de provoquer une fracture profonde au sein du parti.

L’ambiance est si délétère que la plupart des réunions électorales locales ont été annulées et des élus travaillistes ont affirmé avoir reçu des menaces de viol ou ont vu leur voiture vandalisée.

L’assassinat en juin de la députée travailliste Jo Cox alors qu’elle se rendait à sa permanence de sa circonscription a encore accentué l’atmosphère de paranoïa.

« J’ai renforcé la sécurité dans ma maison et à mon bureau. Il y aura une pièce de sécurité dans mon bureau. Je porte en permanence un truc avec un bouton afin que la police puisse me retrouver », a expliqué la députée Jess Phillips.

« Quelqu’un a mis mon visage sur (la photo) d’une personne avec une flèche dans le coeur, une lance dans le côté. Il y a des gens qui veulent me voir morte pour protéger Corbyn », a-t-elle ajouté.

Angela Eagle, qui avait la première envisagé de contester la présidence de Corbyn avant de s’effacer devant la candidature d’Owen Smith, a renoncé à toutes rencontres publiques avec ses administrés suivant les conseils de la police.

Une brique a été lancée contre une des fenêtres de son bureau à Wallasey, dans le nord-ouest de l’Angleterre, et la police a interpellé un homme de 44 ans soupçonné d’avoir proféré des menaces de mort dans un courriel reçue par l’élue.

Blessures

Eagle, qui est homosexuelle, a également été la cible d’injures homophobes tandis que d’autres ont été visés par des remarques antisémites. Des partisans de Corbyn, appartenant au mouvement Momentum, ont eu recours à des intimidations de responsables et d’adhérents.

Jeremy Corbyn, que ses adversaires décrivent comme un homme « bien », a condamné ces abus et a appelé ses partisans à faire preuve de calme, de respect et de dignité. Plusieurs parlementaires travaillistes estiment toutefois que leur chef de file ne fait pas ce qu’il faut pour ramener la sérénité nécessaire au sein du parti.

« Jeremy, tout cela est commis en ton nom », écrivent 44 députées dans une lettre adressée à Corbyn. « La culture de la haine et de la division qui est menée ne profite à personne », ajoutent-elles.

Paula Sherriff, élue à l’origine de la lettre, a expliqué à Reuters que les abus ont augmenté de manière significative depuis que la contestation a été lancée.

L’homme d’affaires Assem Allam, un important donateur du parti, aurait proposé aux frondeurs de les financer pour qu’ils fassent sécession et qu’ils fondent un nouveau mouvement politique.

Pour l’instant, les parlementaires travaillistes affirment chercher à sauver le Labour plutôt qu’à provoquer son explosion, tout en reconnaissant que l’entreprise s’annonce difficile.

« Il faut panser des blessures profondes. À moins que quelque chose soit fait, que quelque chose se produise directement, je ne vois pas comment je vais pouvoir rester », a commenté Paula Sherriff. « Je ne dis pas que l’on ne pourra pas sortir de ça, j’espère désespérément qu’il n’y aura pas de rupture. (…) Ce sera vraiment dur », résume-t-elle.

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