La Turquie réorganise son armée, Washington s’inquiète

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La Turquie a commencé à réorganiser son armée à la suite du putsch manqué du 15 juillet, mais les États-Unis se plaignent de l’impact négatif de cette purge sur sa coopération avec Ankara dans la lutte contre l’organisation État islamique, rapporte Reuters.

Le premier ministre turc, Binali Yildirim, a annoncé lors d’un discours retransmis en direct, vendredi, que les casernes d’où étaient partis des putschistes au soir du 15 juillet allaient être fermées, y compris une base aérienne proche d’Ankara qui avait servi aux comploteurs.

Réuni jeudi pendant cinq heures, le Conseil militaire suprême (YAS), organe de supervision des forces armées en Turquie, a promu 99 colonels au rang de général ou d’amiral et placé 48 généraux à la retraite.

Près de deux semaines après la tentative de coup d’État d’un groupe au sein de l’armée, qui a fait au moins 246 morts et qui a valu à près de 1700 militaires, dont 40% de généraux et amiraux, d’être congédiés pour conduite déshonorante, les principaux responsables de l’état-major sont maintenus à leur poste.

Seuls changements notables, le chef d’état-major adjoint, le général Yasar Guler, est nommé commandant de la gendarmerie et le chef de la prestigieuse Première Armée, le général Umit Dundar, le remplace en tant que numéro deux de l’état-major, toujours dirigé par Hulusi Akar.

Jeudi soir, à l’issue de la réunion du YAS, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a fait savoir qu’il souhaitait que l’armée et les services secrets (MIT) soient placés sous le contrôle de la présidence et non plus du premier ministre. Recep Tayyip Erdogan accuse l’imam Fethullah Gülen, installé aux Etats-Unis, d’avoir fomenté le coup d’État, ce que ce dernier dément.

Cet ancien allié devenu ennemi juré du chef de l’État a estimé dans une interview au Corriere della Sera publiée vendredi que Tayyip Erdogan était « empoisonné » par le pouvoir.

Inquiétudes

Le nombre d’employés du secteur public limogés depuis le putsch avorté s’élève désormais à 66 000, dont 43 000 dans l’enseignement, a rapporté l’agence de presse officielle Anadolu (Anatolie).

Les adversaires du président turc, qui a échappé de justesse à un enlèvement voire à une possible exécution pendant la tentative de coup de force, accusent Erdogan de se servir du putsch comme prétexte pour procéder à une répression aveugle de toute opposition dans le pays de 80 millions d’habitants. Les États-Unis et l’Union européenne ont déjà fait part de leur inquiétude face à l’ampleur des purges.

Jeudi, le directeur du Renseignement américain, James Clapper, a déclaré que les limogeages d’officiers avaient un impact sur la coopération entre Ankara et Washington contre l’Etat islamique. « Beaucoup de nos interlocuteurs ont été arrêtés », a-t-il relevé. « Nul doute que cela va rendre la coopération plus difficile avec les Turcs. »

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a balayé ces inquiétudes vendredi en jugeant que l’armée turque sortirait renforcée une fois « nettoyée » de ses éléments gülénistes.

La Turquie autorise les États-Unis à utiliser sa base aérienne d’Incirlik pour mener des raids contre l’EI en Irak et en Syrie. Ces opérations ont été temporairement interrompues à la suite de la tentative de coup d’État.

Autre critique émanant de Washington, le département d’État s’est dit « profondément préoccupé » par les arrestations de journalistes lancées depuis le début de la semaine en Turquie. Mevlut Cavusoglu a répondu que les personnes interpellées dans les médias n’étaient pas « de vrais journalistes ».

Vendredi, la police a également appréhendé le président du conglomérat Boydak Holding et deux cadres du groupe. Six membres de la famille Boydak font au total l’objet d’un mandat d’arrêt. Ils sont accusés de financer le mouvement de Fethullah Gülen, qui chapeaute de nombreuses écoles et organisations caritatives. Le parquet d’Izmir, sur la mer Egée, a de son côté ordonné l’arrestation de 200 policiers, rapporte l’agence Dogan.

Le ministre du Travail, Suleyman Soylu, a déclaré de son côté vendredi que les autorités enquêtaient sur les liens éventuels de 1300 agents du ministère avec la tentative de putsch.

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