Turquie: Ankara bloque WikiLeaks après les « courriels Erdogan »

0

Pieuvre.ca

La Turquie a bloqué mercredi l’accès au site internet de WikiLeaks, après que celui-ci eut publié près de 300 000 courriels ayant supposément été envoyés par des membres du parti AKP du président Recep Tayyip Erdogan, écrit The Verge.

Citant le chien de garde turc des télécommunications, Reuters parle de son côté d’une « mesure administrative » adoptée contre le site de dénonciation numérique, qui a publié mardi les courriels en question et leurs fichiers joints.

Dans un communiqué publié en ses pages, WikiLeaks précise que ces documents avaient été obtenus une semaine avant le coup d’État raté de vendredi, la semaine dernière, lors duquel près de 300 personnes ont perdu la vie. « Cependant, WikiLeaks est allé de l’avant avec son programme de publication en réponse aux purges gouvernementales post-coup d’État », mentionne l’organisation. « Nous avons vérifié le contenu et la source, qui n’est pas liée, de quelque manière que ce soit, aux éléments derrière la tentative de coup d’État, ou à un parti politique ou un État rival. »

Erdogan s’est empressé de faire taire l’opposition suite à la tentative de coup d’État. emprisonnant ou suspendant plus de 50 000 personnes suspectées d’avoir comploté contre le président et son gouvernement. La purge a ciblé des soldats, des policiers, des professeurs et des employés gouvernementaux, selon les médias turcs. Erdogan a également fait savoir qu’il serait favorable au retour de la peine de mort, ce qui a soulevé des craintes chez les groupes de défense des droits de la personne et suscité des avertissements de la part des ministres européens des Affaires étrangères.

Après avoir annoncé ses intentions de publier les « courriels Erdogan », WikiLeaks a indiqué lundi que son site avait été ciblé par une « attaque soutenue ». L’organisme sans but lucratif installé en Suède a dit ne pas pouvoir déterminer l’origine de l’attaque en question, bien qu’elle a écrit sur Twitter que « le moment choisi pour celle-ci mettait en cause une faction au pouvoir en Turquie ou l’un de ses alliés ». Le site était de retour en ligne mardi, permettant la publication d’une première tranche de courriels et documents. Impossible de connaître la date de la mise en ligne du reste du contenu.

La Turquie a bloqué l’accès à Facebook, Twitter et à d’autres médias sociaux par le passé, et Erdogan a musclé, ces dernières années, son encadrement des journalistes et des sites internet dissidents. Mais le président a également appelé au ralliement en ligne pour mobiliser la ferveur populaire contre la tentative de coup d’État de la semaine dernière, conviant les internautes à se manifester sur Twitter et lors d’une entrevue télévisée réalisée grâce à la fonction FaceTime d’Apple.

« Le rôle du web et des libertés de la presse dans la défaite du coup d’État offre une opportunité importante », souligne Zeynep Tufecki, professeur adjoint à la School of Information de l’Université de Caroline du Nord, dans une lettre publiée cette semaine dans le New York Times. « Plutôt que d’accroître la polarisation et de dépeindre tous les dissidents comme étant illégitimes, le gouvernement devrait adopter de véritables réformes et mettre fin à ses politiques de censure. »

« Une presse libre et un internet ouvert se sont avérés essentiels pour tout le monde – même pour ceux au pouvoir », a-t-il ajouté.

 

Partagez

À propos du journaliste

Pieuvre.ca

Répondre