Dallas: le suspect voulait « tuer des Blancs »

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Pieuvre.ca

Au moins un tireur embusqué a abattu cinq policiers de Dallas (Texas), en plus d’en blesser sept autres lors d’une attaque aux connotations raciales ayant pris fin lorsque la police a employé un robot transportant une bombe pour le tuer, a déclaré vendredi le chef de la police municipale, visiblement sous le choc.

Comme le rappelle Reuters, l’incident a débuté jeudi soir à la fin d’une manifestation provoquée par la mort, cette semaine, de deux Noirs sous les balles de policiers américains.

Les tirs à Dallas ont poussé la foule à fuir, paniquée, tandis que des groupes de policiers ont été pris pour cible par ce que les autorités estiment être plusieurs tireurs employant de puissantes armes, à la fois au niveau du sol et à partir des toits.

Lors de longues négociations avec la police, le tireur a dit vouloir tuer des Blanc et des policiers blancs, et être en colère à la suite des récentes morts lors d’interventions policières. Il a aussi invoqué le mouvement anti-violence policière Black Lives Matter, mais a affirmé ne pas faire partie d’une organisation, a précisé le chef de la police de Dallas David Brown.

« Nous avons eu un échange de tirs avec le suspect. Nous n’avons pas eu d’autre choix que d’employer notre robot démineur », a déclaré M. Brown à la presse rassemblée à l’hôtel de ville.

Les décès sous balles policières d’hommes noirs à Baton Rouge, en Louisiane, ainsi qu’en banlieue de Minneapolis sont les plus récents événements d’une série de morts similaires et hautement controversées qui ont mené à près de deux années de manifestations nationales à propos des questions de race et de justice. Les plus récentes morts font l’objet d’enquêtes fédérales.

« Le suspect a dit être en colère par rapport à Black Lives Matter », a dit M. Brown, qui est lui aussi un Noir. « Il a dit être en colère à propos des récentes interventions policières. Le suspect a dit être en colère contre les Blancs. Il a déclaré qu’il voulait tuer des Blancs, et particulièrement des policiers blancs. »

Des médias américains ont identifié l’homme en question comme étant Micah X. Johnson, un citoyen de la région de Dallas âgé de 25 ans.

Quiyetta McMillon, qui a eu un enfant avec Alton Sterling, l’homme noir abattu par la police à Baton Rouge plus tôt cette semaine, a condamné l’attaque de Dallas dans une déclaration. « Nous rejetons avec véhémence les actes de violence répréhensibles qui ont été commis contre des policiers de Dallas, a-t-elle lancé. Peu importe à quel point les gens puissent être en colère, se tourner vers ce genre de violence ne devrait jamais se produire, et ne peut tout simplement pas être toléré. »

Un compte Twitter s’identifiant comme représentant le mouvement Black Lives Matter a envoyé un message indiquant que « Black Lives Matter fait la promotion de la dignité, de la justice et de la liberté. Pas du meurtre ».

Avec les attaques de jeudi, 26 policiers ont été tués par balles aux États-Unis depuis le début de 2016, selon le National Law Enforcement Officers Memorial Fund. Il s’agit d’une hausse de 44 % par rapport aux 18 agents abattus pendant la même période, l’an dernier.

Certains des plus importants corps policiers américains étaient en état d’alerte, vendredi, les services de New York et de Boston ordonnant entre autres que les agents patrouillent par équipes de deux.

Panique

Les tirs ont retenti alors que la manifestation à Dallas était en voie de se terminer, faisant fuir les marcheurs paniqués dans les rues de la ville.

Il s’agit du jour le plus meurtrier pour la police américaine depuis les attaques terroristes du 11 septembre 2001 à New York et Washington. Les tireurs, certains perchés sur les toits, ont employé des armes de précision pour s’en prendre aux agents, dans ce qui semblait être une attaque coordonnée, a précisé M. Brown.

« Ils travaillaient de concert avec leurs fusils, effectuant de la triangulation à partir de différents points du centre-ville où la manifestation s’est rendue », a-t-il indiqué en conférence de presse.

Une vidéo tournée par un témoin montre un homme armé agenouillé dans la rue, et ouvrant le feu à courte distance contre un individu semblant porter un uniforme. Cette personne s’est ensuite effondrée au sol.

Reuters n’a pas pu immédiatement confirmer l’authenticité de la vidéo.

Un total de 12 policiers et deux civils ont été atteints par balle pendant l’attaque, a fait savoir le maire de Dallas Mike Rawlings. Trois des policiers touchés sont des femmes.

M. Rawlings a confié à CBS News que les gens arrêtés suite à l’attaque, y compris une femme, ne « coopéraient pas » avec les enquêteurs de la police. Il a également ajouté que l’attaquant tué faisait l’objet d’une prise de ses empreintes digitales et que les autorités fédérales tentaient d’établir son identité.

M. Brown n’a pas voulu donner le nombre exact de personnes impliquées dans l’attaque, affirmant que « nous allons continuer de laisser ces suspects se poser des questions ».

Il n’y a aucun signe de liens internationaux avec les attaques, ont indiqué des responsables américains, vendredi.

Selon des experts à propos de groupes extrémistes, de telles attaques ne sont pas nécessairement menée par une organisation, et sont souvent réalisées par des individus. Des groupes de Noirs n’ont pas été liés à quelque événement violent récent survenu aux États-Unis, précisent-ils.

« La plupart des extrémistes ne transportent pas de cartes de membres de quelque groupe que ce soit », indique Mark Pitcavage, un expert sur les mouvements extrémistes au sein de l’Anti-Defamation League. « À l’époque du web, particulièrement, il est facile de s’intéresser à une idéologie sans rejoindre un groupe. »

« Attaque méprisable »

Le président Barack Obama, qui était en déplacement en Pologne, a exprimé ses « plus sincères condoléances » à M. Rawlings au nom du peuple américain. « Je crois que je parle au nom de chaque Américain lorsque j’affirme que nous sommes horrifiés par ces événements, et que nous sommes unis avec la population et le service de police de Dallas », a-t-il dit.

Le président a ajouté que le FBI était en contact avec la police de Dallas et que le gouvernement fédéral offrirait son aide.

« Nous ne connaissons pas encore tous les faits. Ce que nous savons, c’est qu’il y a eu une attaque vicieuse, planifiée et méprisable contre les forces de l’ordre. »

« La fin est proche »

Le suspect impliqué dans les négociations avec la police a déclaré à cette dernière que « la fin était proche » et que davantage de policiers seraient blessés ou tués.

Les autorités ont annoncé qu’elles questionnaient deux occupants d’une Mercedes arrêtée après que le véhicule eut pris la fuite dans une rue du centre-ville suite au lancer, par un homme, d’un sac au motif militaire sur le siège arrière. Une femme a également été arrêtée près du garage où avait lieu l’altercation avec le suspect barricadé.

Les candidats à la présidentielle, Donald Trump et Hillary Clinton, ont tous deux annulé leurs événements à saveur électorale à la suite des attaques. « Notre nation est devenue trop divisée. Trop d’Américains ont l’impression d’avoir perdu tout espoir », a déclaré M. Trump. « C’est le moment, peut-être plus que jamais, pour un leadership solide, pour de l’amour et de la compassion. »

Sur Twitter, Mme Clinton a écrit qu’elle « pleure les agents abattus en service, je pleure aussi leurs familles et tous ceux qui servent avec eux ».

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