Nouveau clou dans le cercueil de l’accord sur les migrants

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Pieuvre.ca

L’accord sur les migrants conclu entre l’Union européenne et la Turquie se retrouvait doublement fragilisé vendredi avec le départ annoncé du premier ministre turc et le refus du président Recep Tayyip Erdogan de procéder aux modifications des lois contre le terrorisme souhaitées par l’Union européenne.

En échange de l’aide d’Ankara pour empêcher les migrants d’atteindre l’Europe, l’UE a demandé mercredi à ses États membres d’autoriser les ressortissants turcs à voyager en Europe sans visa, tout en rappelant que la Turquie devait d’abord modifier une partie de sa législation, écrit Reuters.

Il n’en est pas question, a déclaré le président Erdogan dans un discours prononcé vendredi à Istanbul. « Quand la Turquie est attaquée par des organisations terroristes et les pouvoirs qui les soutiennent directement ou indirectement, l’UE nous demande de changer la loi sur le terrorisme », a déclaré le président Erdogan. « Ils disent: « Je vais abolir les visas et c’est la condition. » Je suis désolé, nous faisons à notre manière et vous à la vôtre. Mettez-vous d’accord avec qui vous pouvez. »

Recep Tayyip Erdogan est conscient que la possibilité de se déplacer sans visas est pour beaucoup de Turcs le principal avantage tiré de l’accord UE-Turquie sur la limitation des flux migratoires.

Le départ du premier ministre turc Ahmet Davutoglu, qui est l’interlocuteur de l’UE dans les négociations, a été annoncé jeudi. Il a pour conséquence de renforcer le pouvoir du président Erdogan, qui s’est toujours montré très critique envers l’UE et qui est considéré par Bruxelles comme un partenaire de négociation bien plus dur qu’Ahmet Davutoglu. Le Premier ministre avait fait en sorte que les conditions fixées par l’UE soient jusqu’ici dans l’ensemble remplies.

Favori du président

Pour obtenir la suppression des visas, la Turquie doit encore se mettre à niveau sur cinq critères sur une liste de 72 imposés par l’UE à tous les pays qui souhaitent que leurs ressortissants voyagent dans l’Union sans visa. Et l’un de ces critères est de donner une définition juridique plus étroite du terrorisme.

La Turquie, disent les associations de défense des droits de l’homme, a utilisé sa définition juridique très large de la lutte contre le terrorisme pour réduire ses opposants au silence. Des journalistes et des intellectuels critiques envers le régime ont été arrêtés.

Ankara juge que ces textes sont cruciaux pour lutter contre le soulèvement kurde et la menace de l’État islamique en Syrie et en Irak voisins.

« Il n’est pas possible de réviser la législation et les pratiques sur le terrorisme tandis que notre pays continue sa lutte intensive contre un certain nombre d’organisations terroristes », a pour sa part déclaré le ministre chargé des Affaires européennes, Volkan Bozkir, cité jeudi par le quotidien Sabah.

La Turquie, a-t-il fait valoir, a déjà procédé à certaines des modifications demandées par l’UE, notamment la référence au « concept de danger immédiat et évident menaçant l’ordre public ». « Toutefois, nous ne pouvons nous offrir le luxe de procéder à des changements (supplémentaires) », a-t-il ajouté. L’Allemagne, qui a été à l’initiative de l’accord sur les migrants, a dit espérer que la Turquie s’y tienne.

Beaucoup dépendra de la personnalité qui remplacera Ahmet Davutoglu. La décision sera prise lors d’un congrès extraordinaire du Parti de la justice et du développement au pouvoir (AKP) prévu le 22 mai.

Le favori du président Erdogan semble a priori être le ministre des Transports, Binali Yildirim, un de ses proches, selon certains responsables de l’AKP.

Les noms du porte-parole du gouvernement, Numan Kurtulmus, et du ministre de la Justice, Bekir Bozdag, eux aussi proches du président, circulent également, sans oublier celui de son gendre, Berat Albayrak, qui est également ministre de l’Énergie, apprend-on dans l’entourage de l’AKP.

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