À Davos, l’élite face aux inégalités planétaires

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Les politiciens et les gens d’affaires se réunissant cette semaine dans les Alpes suisses devront faire face à un monde de plus en plus divisé, les pauvres prenant toujours plus de recul face aux super-riches, en plus de devoir affronter des fissures politiques aux États-Unis, en Europe et au Moyen-Orient, les plus importantes du genre depuis des décennies.

Comme l’écrit Reuters, seulement 62 personnes, dont 53 hommes, possèdent des richesses équivalentes à la moitié la plus pauvre de la population mondiale, et le 1% le plus riche détient plus que les 99 autres pour cents, a annoncé lundi l’organisme anti-pauvreté Oxfam.

De fait, les inégalités de revenu s’accroissent plus rapidement que ce que quiconque aurait pu prévoir, le 1% dépassant tout le reste une année plus rapidement que ce qu’avait prévu Oxfam il y a seulement une année. Ce creusement du fossé et la perte de confiance entre la population et leurs leaders politiques sont d’importants défis pour l’élite mondiale, alors que celle-ci converge vers Davos pour le Forum économique mondial, qui aura lieu du 20 au 23 janvier.

Mais ces divisions vont bien au-delà de celles qui existent entre les riches et les pauvres. Au Moyen-Orient, le fossé entre chiites et sunnites a atteint le point d’éclatement, l’Iran et l’Arabie saoudite s’affrontant ouvertement pour l’influence sur une région souffrant de la guerre et de la barbarie des extrémistes islamiques.

Les conflits de cette région ont débordé en Europe, entraînant d’importantes divisions idéologiques sur la façon de gérer la pire crise de réfugiés depuis la Deuxième Guerre mondiale – la Grande-Bretagne menaçant même de quitter l’Union européenne – et soulevant des doutes à propos de l’avenir des six décennies d’efforts de l’Europe en faveur d’une plus grande intégration.

L’apparition surprise de Donald Trump comme meneur de la course à l’investiture républicaine a exposé un fossé politique grandissant aux États-Unis, alimentant l’anxiété chez les alliés de Washington à une époque de troubles mondiaux.

Parmi les personnalités importantes se rendant à Davos, on compte le vice-président américain Joe Biden, le secrétaire d’État John Kerry, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et les ministres des Affaires étrangères de l’Iran et d’Arabie saoudite. Le premier ministre canadien Justin Trudeau sera lui aussi de la partie, tout comme son homologue britannique David Cameron et Mario Draghi, à un moment où une divergence de politique monétaire prend de l’ampleur entre la Banque centrale européenne de ce dernier qui se montre plus accommodante, et une Réserve fédérale américaine qui serre la vis.

Plusieurs célébrités seront aussi de la partie, y compris les acteurs Leonardo Di Caprio et Kevin Spacey.

Alimenter le populisme

Le coup de sonde annuel de la firme Edelman, qui porte sur l’ »Indice de confiance », révèle un fossé record, cette année, en ce qui concerne la confiance entre les personnes informées et la population en général dans plusieurs pays, un fossé alimenté par les inégalités de revenu et les différentes attentes face à l’avenir. Le vide entre les deux groupes est le plus important aux États-Unis, suivi de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Inde.

« La conséquence de cela est le populisme – exemplifié par Trump et Le Pen », dit Richard Edelman, président de la firme du même nom, dans une entrevue avec Reuters, en faisant référence à la chef du Front national. Ce parti d’extrême-droite se classe souvent premier dans les sondages d’opinion en France.

La prochaine vague d’innovation technologique, appelée la quatrième révolution industrielle et faisant l’objet de discussions à Davos, menace d’alimenter les troubles sociaux, alors que plusieurs emplois traditionnels seront perdus au profit de robots.

Le rapport d’Oxfam sous-entend que les inégalités mondiales ont atteint des niveaux jamais vu depuis plus d’un siècle.

L’an dernier, a calculé l’organisme, 62 personnes étaient aussi riches que 3,5 milliards de personnes, soit la moitié de la population la plus pauvre. La richesse de ces gens a bondi de 44 pour cent, ou plus de 500 milliards $ US, au cours des cinq dernières années, tandis que la richesse de la moitié la plus pauvre a fondu de plus de 1000 milliards $ US.

« Bien loin du « trickling down », le revenu et la richesse sont plutôt aspirés vers le haut à un rythme alarmant », mentionne l’étude. Le document cible un « réseau global » de paradis fiscaux permettant d’assurer que la richesse demeure hors de portée des citoyens ordinaires et des gouvernements, citant une récente estimation chiffrant à 7600 milliards $ US le total des fonds détenus dans des comptes offshore, soit davantage que les économies britannique et allemande combinées.

« C’est un important appel à l’action », affirme Jyrki Raina, secrétaire-général de l’IndustriALL Global Union, qui représente 50 millions de travailleurs de 140 pays oeuvrant dans les secteurs minier, énergétique et manufacturier. « Les inégalités sont l’une des plus grandes menaces envers le bien-être économique, et on doit s’y attaquer. »

Le président américain Barack Obama s’est exprimé sur le sujet lors de son récent discours sur l’état de l’Union, en notant que les changements technologiques transformaient la planète. « Ce sont des changements qui peuvent multiplier les opportunités, ou accroître les inégalités. Et que nous le voulions ou non, le rythme de ces changements n’ira qu’en accélérant. »

« Dans une économie globalisée, les entreprises peuvent s’installer n’importe où, et affronter une concurrence plus féroce… Il en résulte que les travailleurs ont moins d’influence pour obtenir une augmentation. Les compagnies sont moins loyales envers leurs communautés. Et de plus en plus de richesse est concentrée tout en haut de l’échelle. »

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