Raconter le cancer, raconter la mort

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Pieuvre.ca

La scène se passe dans une chambre d’hôpital d’une unité de soins intensifs, au coucher du soleil. Un homme se tient là, vêtu d’une blouse verte. On ne distingue pas son visage mais tout dans son attitude dit l’épuisement. Soudain, le cri d’un bébé déchire le silence. Les pleurs enflent, ne s’arrêtent plus, exprimant une douleur infinie.

L’homme dans la chambre s’agite, cherche désespérément à calmer son enfant, écrit le quotidien français Le Monde. Il essaye plusieurs choses: propose un jus de fruit, chuchote à son oreille, lui fait des grimaces pour tenter de le faire rire… rien ne fonctionne. Les pleurs se poursuivent, déchirants. Jusqu’à ce que le père, de guerre lasse, remette le bébé dans son petit lit pour le bercer et se mette à prier. Comme par miracle, les hurlements cessent enfin… et avec eux le calvaire du joueur. Cette scène, décrite par le Washington Post, est en effet extraite du jeu vidéo That Dragon, Cancer, qui raconte le combat d’une famille américaine confrontée à la maladie incurable d’un enfant d’un an.

« C’était un moment de grâce », explique Ryan Green, le créateur du jeu, à l’évocation de ce moment. « Et je voulais le partager avec les gens ».

Expérience narrative d’une grande force

Pendant quatre ans, avec sa femme, il a assisté impuissant au combat de son fils Joel, atteint d’une tumeur incurable. De cette épreuve, Ryan Green a voulu faire un jeu, qui est sorti le 12 janvier. En quatorze épisodes, le joueur est invité à une expérience narrative d’une grande force. Le jeu « parvient, par le biais des sons et de sa musique, des conversations et monologues des protagonistes, ainsi que de sa mise en scène, qui subtilise parfois Joel à notre vue, à faire surgir ou émerger des sentiments d’une incroyable pureté. Avec quelques larmes à la clé », prévient le site spécialisé Gameblog qui l’a testé.

Pour Ryan Green, concevoir ce jeu a fonctionné comme une thérapie. Au point que l’aboutissement du projet lui fait craindre « d’avoir l’impression de perdre Joel une seconde fois », confie-t-il au Washington Post.

Au départ, quand est née l’idée un peu folle de rendre hommage à son fils en racontant son histoire de cette manière, Joel était encore en vie. Le fil conducteur du jeu a changé un peu après sa mort le 13 mars 2014, à l’âge de cinq ans. La découverte du quotidien de la famille et de ce qu’elle traverse s’est un peu effacée pour laisser davantage de place au personnage de Joel, que les joueurs sont invités à connaître et à aimer.

Ryan Green espère que jouer à That Dragon, Cancer, « changera les gens ». En favorisant l’empathie, « cela peut changer la manière dont nous traitons notre prochain, notre manière de considérer l’autre », estime-t-il. Signe que le projet ne laisse pas indifférent, il avait reçu le soutien des internautes qui avaient versé plus de 104 000 $ US via la plateforme de financement collaboratif Kickstarter pour permettre sa conception.

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