Archives de Anne Marie Piette

Le cheval de guerre

Premier documentaire de Nadine Gomez, Le Horse Palace nous transpose dans Griffintown, quartier de Montréal autrefois densément peuplé, aujourd’hui devenu zone de terrains vagues inhabités, là où le propriétaire du Horse Palace, Leo Leonard, 83 ans, est le dernier témoin d’une époque révolue, pilier désormais chancelant, au même titre que la fondation de son établissement.

François Delisle présente Le Météore aux RVCQ

Le Météore, cinquième long métrage de François Delisle (Le bonheur c’est une chanson triste) a d’abord pris la forme d’un récit photographique avant de se developer pour le cinéma. Des photographies ont inspirées des écrits et, au final, 85 minutes d’une fiction mélancolique; le tout sans dialogues, mais plutôt sous la forme d’une succession d’images appuyées par une voix off. Un projet effectué en collaboration avec la photographe Anouk Lessard.

Entre-nous, la 31e édition des rendez-vous du cinéma québécois!

Les Rendez-vous du cinéma québécois sont de retour pour une 31e édition avec une programmation confortable permettant de redécouvrir les longs métrages de l’année 2012 (notamment Camion, Laurence Anyways, Inch’Allah, Ma vie réelle, Tout ce que tu possèdes), tout en apportant son lot de piquant avec ses 94 premières de films, dont certaines primeurs très attendues donnant le coup d’envoi au cinéma québécois de 2013.

Amour, plus récent film de Michael Haneke

Amour, dernier film du cinéaste autrichien Michael Haneke (La Pianiste, 2001, Le ruban blanc, 2009), Palme D’or du 65e festival de Cannes et cinq fois nominé aux Oscars, renvoie, telle une gifle, cette dureté imprégnée de force et de chaleur que doivent ressentir deux amoureux en fin de vie devant l’agonie et la mort imminente.

La fierté a du coeur au ventre

Les poings de la fierté d’Hélène Choquette – présenté en première québécoise dans le cadre des 15es Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), où il a obtenu une mention – se cale à la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande, dans un drôle de non-lieu, où des réfugiés birmans s’attardent indéfiniment. Là, dans un camp de boxe, leurs jeunes garçons subissent un rigoureux entraînement en vue de se préparer aux combats à venir. Parents, entraîneurs, et futurs petits champions, y voient l’unique engagement à se tailler une place, à subvenir même vaguement à leur besoin criant. Noyau ambigu questionnant moralité et différences culturelles, forçant le spectateur à regarder plus loin.

Ma vie réelle, le dernier film de Magnus Isacsson

Ma vie réelle, dernier film de feu Magnus Isacsson a remporté le grand prix de la compétition nationale longs métrages des 15es Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) où il a été présenté en première mondiale. Sur une période de dix-huit mois, le réalisateur avait suivi la trace de quatre jeunes-hommes, âgés de 17 à 22 ans, ayant chacun baignés dans des enfances difficiles, puis pataugé dans une adolescence chaotique pour finalement pédaler dans un présent plus précis cherchant à se tailler une place dans leur vie d’adulte. Avec Montréal-Nord en trame de fond, leurs histoires individuelles à saveur commune, plutôt tristes, sont requinquées sur des airs de hip-hop.

Cinemania – Quand l’ardeur s’essouffle

À défaut de se disputer, Marion Cotillard et Matthias Schoenaerts se «bagarrent» littéralement la vedette dans De rouille et d’os, dernier film de Jacques Audiard (Sur mes lèvres, De battre mon cœur s’est arrêté, Un prophète), présenté en ouverture de cette 18e édition du Festival de films francophones Cinemania, quand un ex-boxer et une combattante dans l’âme se rencontrent. Histoire épique, qui fait la joie de certains, où deux âmes en perdition s’apportent au final support et vérité, dans un monde plus sauvage et froid de ses conventions et rapports sociaux que réellement cruel. Là où les malchances sont toutefois bien existantes, tandis que certaines fatalités vous portent à vous ressaisir. Récit que l’on suggère tendre et dur, en opposition et en contrastes permanent, vers un dénouement que l’on souhaiterait heureux, nous aura quand a nous et à contre-cœur laissé sur notre faim.

FNC – Laurence, alias Laylou

Dernier film de Philippe Lesage, Laylou, présenté en première mondiale au Festival du nouveau cinéma, nous transposait dans l’univers devenu thématique récurrente qu’est l’adolescence, à travers un gang éparse de jeunes filles et de jeunes hommes en fleurs, cadrés à Mont-Saint-Grégoire, en Montérégie, depuis leur bal de finissant jusqu’aux environs de l’arrivée de l’automne suivant. Parmi eux, Laurence, alias Laylou, que nous avions entraperçue dans Ce cœur qui bat (2011).

FNC – Retour sur Kaspar Hauser

The Legend of Kaspar Hauser (La leggenda di Kaspar Hauser) de l’italien Davide Manuli, s’échoue dans nos têtes pour y laisser la forme d’un corps cosmique, au même titre que sa jeune effigie, aussi «bleechée» qu’énigmatique. Avertis d’emblée que son approche n’est pas pour plaire à tous, que certains quitteront la salle, déconnectés du propos, que d’autres, surtout la gent féminine, restera uniquement captive devant le fantasme Vincent Gallo – c’était sans parler du fantasme Élisa Sednaoui -, tandis qu’une infime part y verront inévitablement une révélation, sorte d’explosion jouissive et sensorielle. Nous faisons partie de cette dernière catégorie, comme The Legend of Kaspar Hauser, délicieusement sarcastique, formidablement esthétique, terriblement magnétique, nantie de la follement grisante musique de Vitalic, commande l’avidité.

FNC – Camille redoublera

Jouissant d’un excellent accueil en France depuis la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, Camille redouble, de l’actrice et réalisatrice Noémie Lvovsky, fût le film de clôture de cette 41e édition du Festival du nouveau cinéma. L’air de rien, dans un genre maintes fois visité emprunté au cinéma hollywoodien, et sous ses faux airs cabotins, le film, à la fois imprégné de sagesse et d’insouciance, aborde une multitude de sujets plus denses. Camille Redouble est cette quête louvoyante vers un avenir meilleur dans un passé désormais incertain.

FNC – Ces histoires qu’on aime

Sarah Polley compte plusieurs cordes à son arc: successivement comédienne, productrice, scénariste, réalisatrice, elle est entre-autres la Elise de Mr. Nobody (Jaco Van Dormael, 2010). On lui doit ne serait-ce qu’Away from Her (2007), ou encore Don’t Think Twice (1999), histoire s’intéressant curieusement à la moralité lorsqu’un homme devait choisir entre amour et famille. Le parallèle avec son dernier né Stories We Tell n’est pas indispensable, mais reste d’une cocasserie toute particulière, comme le très touchant et très nuancé documentaire, présenté le 12 octobre dernier au cinéma Impérial dans le cadre du Festival du nouveau cinéma, où il est présentement en compétition, est effectivement imprégné en ce même sens. Ici, la réalité surpasse la fiction, se logeant au cœur de l’intimité de Polley, à la source même de sa conception…

Paul Barbeau, sous le signe de l’audace

J’ai rencontré Paul Barbeau dans un café de la rue Fairmount, à Montréal, afin de discuter de son premier film Après la neige. Il pleuvait des cordes cet après-midi là, voyageant malgré tout à bixi, je cherchais un stationnement attitré pour ce dernier; il me semblait bien qu’il y en avait un, plus au nord, sur St-Viateur. Remontant une rue transversale, un homme en imperméable bleu marche en direction opposée, comme j’aimerais lui demander s’il sait où se trouve la station bixi la plus proche, c’est justement Paul. Moment cocasse, nous nous saluons, là, trempés et en pleine rue, à quelques pas de notre lieu de rencontre. Cette entrée en matière à saveur quotidienne donnera le ton sur ce qui suivra : une discussion sympathique, en simplicité, soulignant au passage la générosité dans la qualité et la profondeur des propos, l’énergie agréable, l’authenticité apaisante de Paul Barbeau.

Après la neige, tu seras un homme

Après la neige premier film de Paul Barbeau, ancien président chez NúFilms et producteur prolifique chez Reprise Films (Demain, Jo pour Jonathan, Roméo Onze), signe ici une œuvre fragile, conçue sous le signe de l’urgence, d’un besoin brûlant à exprimer. Fragilité dans la douceur et la langueur touchante des propos abordés, fragilité également face à plusieurs maladresses évidentes nous heurtant elles aussi. Après la neige reste un film sincère aux relents mélancoliques et à l’esthétique chaude au fini vintage évoquant quelque peu les années 1970.

Rapailler l’homme – Le souffle, c’est l’âme

Premier long-métrage de la société Baroque, Rapailler l’Homme, de Antonio Pierre De Almeida, sort Gaston Miron des boules à mites. À travers les Douze hommes rapaillés, chanteurs ayant eu le bonheur et l’intention sensible d’offrir à ses mots une extension en musique, Gaston Miron, «poète de tous les temps», n’est pas oublié. Le climat politique actuel ne fait quant à lui que raviver la flamme, la verve, l’aplomb et l’émotion des intentions, du lyrisme métaphorique de l’homme agonisant.

Elena, existences parallèles

Le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev revient avec un autre drame de mœurs, mais romps avec l’intemporalité de ces deux précédents films (Le retour, Le bannissement) pour s’installer dans une russie contemporaine pour son dernier né, Elena, qui a remporté le Prix spécial du jury -sélection Un certain regard – lors du Festival de Cannes, édition 2011.

Walk Away Renée: portrait d’une mère en cinémascope

C’est avec Walk Away Renée, road trip poétique, sorte de témoignage d’amour pur d’un fils à sa mère du réalisateur américain Jonathan Caouette (Tarnation en 2003), que les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), seul festival au Québec entièrement dédié au documentaire, entameront la septième séance de leur série mensuelle Docville. Sélectionné à la semaine de la critique à Cannes en 2011, ce documentaire extrêmement intimiste à voir absolument sur grand écran, sera présenté en première québécoise ce jeudi 30 août à 19h au cinéma Excentris.

Camion, lenteur et précision

​Camion​, quatrième long-métrage de Rafaël Ouellet (après ​Le cèdre penché​, ​Derrière moi​ et ​New De​nmark​), sacré gagnant Prix du jury œcuménique et Meilleure réalisation au 47e Festival International du film de Karlovy Vary, film d’ouverture du Festival du film des Cantons-de-l’Est, et prochainement présenté dans la section Contemporary world cinema du TIFF, nous offre une approche intime et sensible du plus bel effet, revisitant une fois de plus un thème récurrent et précieux de notre cinéma québécois : la relation père-fils.

Fantasia – La comédie norvégienne Turn me on, Goddammit!, ou les tribulations d’une adolescente en chaleur

Retour sur le sympathique film norvégien Turn me on, Goddammit!, présenté en première québécoise dans le cadre de Fantasia. Formée à la London International Film School et à la Famu, à Prague, Jannicke Systad Jacobsen, la réalisatrice, avait surtout réalisé des documentaires; avec Turn me on, Goddammit!, elle signe une fiction attachante adaptée d’un ouvrage célèbre de l’auteur Olaug Nilssen sur l’éveil sexuel féminin.

Fantasia – Citadel, un huis clos clair obscur

Anne-Marie Piette Citadel, présenté en première Canadienne et premier long métrage du cinéaste Irlandais Ciarán Foy (son court métrage The [...]

Fantasia – Charles de Lauzirika, un réalisateur à surveiller avec Crave

Le réalisateur Charles de Lauzirika a présenté cette semaine, en première mondiale, son petit bijou d’excentricité Crave dans le cadre du festival de films Fantasia. Mieux connu en tant que producteur de suppléments DVD de nombreux films cultes (Blade Runner, Alien et autres), il signe ici son premier long-métrage, un premier exercice particulièrement réussi.

Fantasia – Wrong : la complète absurdité de l’absurde

Dernier joujou et troisième long-métrage du talentueux DJ-compositeur-scénariste-réalisateur-monteur français Quentin Dupieux (​Steak​ en 2007, ​Rubber​ en 2010), présenté en première canadienne le 21 juillet dernier dans le cadre du festival Fantasia, ​Wrong​ s’apparente à 94 minutes de pur délire quasi onirique avec sa direction photo lumineuse, impeccable et ingénieuse, ainsi que son propos particulièrement loufoque.

J’espère que tu vas bien, exercice cinématographique performatif

À l’affiche au cinéma Excentris depuis vendredi et présenté jusqu’au 04 juillet, J’espère que tu vas bien est un film « exercice cinématographique performatif » à très petit budget, signé David La Haye et Jay Tremblay, mettant en vedette Marie-Chantal Perron, David La Haye et la voix de Richard Robitaille dans un plan-séquence de 87 minutes entièrement improvisé, tourné à la Steadicam le dimanche de Pâques, en plein cœur du plateau Mont-Royal. Blang!

L’amour, anyways

Une première mondiale à l’Impérial lundi dernier, sous le couvert de l’embargo. Présenté ce soir dans la catégorie Un certain regard à Cannes, et prenant également l’affiche dès aujourd’hui dans les salles de cinéma du Québec, si Xavier Dolan semblait connaître le titre de son film Laurence Anyways avant même de l’avoir entièrement écrit, c’est probablement qu’il avait trouvé ce timbre particulier qu’il souhaitait donner à tout le reste: à savoir de la gueule, de la verve, du punch, du rythme, et un certain mystère, émanant d’une rumeur, longuement attendue. De cette montée modelée du désir public naît parfois des attentes grandioses, pour une finale intimiste, créative, et audacieuse, aux intentions toutefois quelque peu surexcitées, cherchant souvent ses marques dans l’abondance, et rabattant parfois à l’arrière plan les dimensions plus subtiles et pleinement senties, pourtant fort intéressantes.

Vues d’Afrique – De Disney à Majid

Présenté en version originale arabe sous-titrée français, coup de cœur de la programmation des 28e Vues d’Afrique, entre-autres primé au festival de Tanger, Faucon d’argent au Arab Film Festival de Rotterdam; le troisième long métrage de Nassim Abassi, réalisateur marocain longtemps établi à Londres, est dans l’ensemble et dans le genre efficace et pénétrant.

Vues d’Afrique – 30° Couleur : chaleur et enthousiasme, carnation et effervescence

Film d’ouverture des 28e Vues d’Afrique, avec 30° Couleur, Lucien Jean-Baptiste signe son second long métrage. Réalisateur et acteur, il endossera une fois de plus à l’écran le rôle principal d’une saga familiale à l’humour lourdingue, et au rythme effréné. Le titre ressemble déjà étrangement à un argument publicitaire, très explicite, il suggère d’emblée le résumé idoine de ce qui défilera sous nos yeux : soit chaleur et enthousiasme, carnation et effervescence.

La 28e édition de Vues d’Afrique dévoile ses couleurs

C’est mardi qu’avait lieu la conférence de presse dévoilant la programmation des 28e Vues d’Afrique 2012. Le Festival international de cinéma se tiendra du 27 avril au 06 mai, aux salles Radio-Canada et Opus-Montréal du cinéma Excentris; où les festivaliers pourront apprécier une centaine de films Africains, Créoles, et Internationaux. En tout, 39 pays y seront représentés, dont 26 pays de provenance africaine et créole.

Trente tableaux: portrait d’une femme traversée par les couleurs

Documentaire autobiographique, réalisé dans le cadre d’une résidence à l’Office national du film, Paule Baillargeon revisite sa vie dans Trente tableaux, des capsules contenant chacune un voyage dans le temps vibrant et insolite. Irradiant l’intégrité la plus absolue, la plus authentique, Trente tableaux est le constat d’une émancipation progressive, conquise de longue haleine, presque à la dérobée. Brimée de mère en fille, la réalisatrice connaîtra très jeune la frustration refoulée découlant du contraste entre réalité, mœurs des années cinquante, et un tempérament rêveur, déjà féministe et libre. «Les femmes ne sont rien, ça les rends folles. Les hommes sont tout, ça les rends idiots.»

FIFA – Bert Stern : Original Mad Man

Présenté en version originale anglaise dans le cadre du Festival International du Film sur l’Art, Bert Stern: Original Mad man, est un portrait documentaire de Bert Stern l’homme, photographe New Yorkais prolifique de gros calibre; prototype américain de la photographie de mode, particulièrement actif à la fin des années soixante, -âge d’or de la photographie publicitaire-, et auteur d’une quantité impressionnante d’images devenues des classiques.

Polisse, des monstres gentils

Calligraphie ronde, présumant l’écriture d’un enfant, sa faute d’orthographe détournant le mot de son sens initial « Police ». Troisième long métrage de Maïwenn, réalisatrice et comédienne française, présenté au dernier festival Cinémania, et sorti en salle cette semaine; Polisse raconte le quotidien des policiers luttant contre le crime fait aux enfants; son scénario étant directement basé sur des affaires traitées par la Brigade de protection des mineurs de Paris, où la réalisatrice aura fait un stage préliminaire à l’écriture du film pour lequel elle est également coscénariste.

RCVQ – Over my dead body, un autre cinéma

Comme l’écrivait si bien Guy Gauthier, critique de cinéma français, le documentaire est un autre cinéma. C’est dans cette même veine que nos réflexions se prolongeaient, suite au visionnement du film de clôture des RVCQ: le documentaire Over my dead body, présenté en première mondiale, et retraçant les 24 mois précédents la mort annoncée de Dave St-Pierre, danseur et chorégraphe, survivant greffé des poumons; portrait intime et premier long métrage de sa «soul sister», Brigitte Poupart.