Non, prendre des antidépresseurs pendant la grossesse n’est pas dangereux

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Plusieurs femmes hésitent à poursuivre leur traitement contre la dépression pendant leur grossesse, de peur de nuire à leur bébé. Les antidépresseurs augmentent-ils vraiment le risque de malformations congénitales? Le Détecteur de rumeurs fait le point.

L’origine de la rumeur

Le doute au sujet des antidépresseurs a surgi en 2005 avec la publication de données indiquant un risque de malformation cardiaque avec la paroxétine (connue aussi sous le nom de Paxil). La crainte était que les antidépresseurs puissent agir sur l’apport en sérotonine du fœtus —un apport essentiel au développement des cellules de l’embryon pendant les trois premiers mois.

Au Québec, une étude publiée en 2017 sous la direction d’Anick Bérard, chercheuse au CHU Sainte-Justine, a relancé le débat. Menée auprès de 18 487 femmes dépressives, dont 3640 avaient pris des antidépresseurs, elle concluait que la prise de Celexa (citalopram) pendant les trois premiers mois augmenterait le risque d’anomalies congénitales graves de 5% à 8% et celle de Paxil, le risque de malformations cardiaques.

Par contre, de nombreuses études menées au cours des 15 dernières années ont plutôt montré que dans l’ensemble, le risque de malformations congénitales est très faible, souvent de moins de 3%, voire même moins de 1%, dépendamment du type d’antidépresseur.

Des risques variables

Trois grandes classes d’antidépresseurs sont en cause. Les inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS), les inhibiteurs de recaptage de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN) et les antidépresseurs tricycliques.

1) Les ISRS incluent notamment la fluoxétine (dont le Prozac), la paroxétine (Deroxat, Divarius, Paxil), la sertraline (Zoloft), le citalopram (Celexa, Seropram) et l’escitalopram. Ils sont largement utilisés pendant la grossesse et, selon les données probantes disponibles, les risques associés à l’utilisation d’un ISRS sont limités et souvent difficiles à distinguer de ceux liés à la dépression.

Plus spécifiquement, une revue de littérature publiée en 2013 indique qu’ils ne présentent pas d’augmentation du risque de malformations congénitales majeures et qu’ils présentent une hausse statistiquement trop faible de malformations cardiovasculaires pour en tirer des conclusions. Une autre étude parue en 2014 et portant sur 949 504 femmes enceintes ne montre aucune augmentation substantielle du risque de malformations cardiaques attribuable à l’utilisation d’antidépresseurs au cours du premier trimestre.

Par contre, plusieurs études, dont une revue systématique de 115 études, ont associé la paroxétine à un risque accru, bien que limité, de malformations cardiaques fœtales. C’est pourquoi ce médicament est généralement déconseillé pendant la grossesse.

Dans cette même revue de littérature, la fluoxétine a été associée à une augmentation du risque de malformations majeures et de malformations cardiaques. Certaines malformations congénitales seraient 2 à 3,5 fois plus fréquentes chez les nourrissons des femmes traitées par la paroxétine ou la fluoxétine en début de grossesse. Malgré tout, le risque absolu reste faible: 24 cas sur 10 000 naissances avec la paroxétine.

2) Les IRSN, qui regroupent la duloxétine (Cymbalta) et la venlafaxine (Effexor XR), présentent des données moins nombreuses. Mais selon une revue systématique de huit études de cohorte publiée en 2016, la prise de venlafaxine au cours du premier trimestre n’augmente pas le risque de malformations congénitales majeures. Les données pour la duloxétine sont plus rares, mais ne suggèrent pas de risque accru. D’autres études seraient nécessaires pour mieux évaluer son effet sur le développement du fœtus.

3) Les antidépresseurs tricycliques comme la mitriptyline (Elavil) et la clomipramine (Anafranil) sont moins souvent prescrits en raison de leurs effets secondaires : bouche sèche, vision embrouillée, sueurs, gain de poids. Toutefois, ils pourraient être une option pour les futures mères chez qui les autres médicaments ne fonctionnent pas, puisqu’ils ne présentent pas d’augmentation statistiquement significative d’anomalies congénitales, selon une étude publiée en 2013. Les données probantes sur leur utilisation pendant la grossesse restent cependant peu nombreuses.

Ces augmentations de risques d’anomalies associées à la prise d’antidépresseurs, ou ces craintes d’augmentations de risques, doivent être analysées en sachant que la dépression majeure pendant la grossesse a aussi des conséquences sur le fœtus. Elle est notamment associée à un risque accru de naissance prématurée, de faible poids à la naissance, de ralentissement de la croissance fœtale, de problèmes de développement, ainsi que de dépression post-partum chez la mère.

Verdict

La plupart des antidépresseurs présentent peu de risques de malformations congénitales ou cardiaques. Mais toutes les femmes qui en prennent devraient consulter leur médecin avant de décider de poursuivre ou de cesser leur traitement pendant leur grossesse —puisque la dépression, lorsqu’elle n’est pas traitée, présente aussi des risques pour la mère et le fœtus. La décision repose donc sur une évaluation individuelle du ratio risques/bénéfices.


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À propos du journaliste

Agence Science-Presse

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