Parler de changements climatiques… sans en parler

0

Que faire quand vous êtes un politicien qui ne croit pas aux changements climatiques, mais que vous devez demander quelques milliards de dollars pour les dégâts qui seront causés dans votre région par les changements climatiques? Vous évitez d’appeler ça « changements climatiques ». 

Le New York Times note des « acrobaties linguistiques » dans les projets déposés notamment par les États du Texas et de la Caroline du Sud pour réclamer du gouvernement fédéral des fonds d’urgence. Dans les 306 pages du document du Texas, les mots « changements climatiques » ou « réchauffement global » n’apparaissent nulle part, mais on réfère aux « conditions côtières changeantes », tandis qu’en Caroline du Sud, on parle des « effets déstabilisateurs et imprévisibles » —ce dernier État, sur l’Atlantique, a été frappé par trois tempêtes majeures en quatre ans… et a échappé de justesse à trois ouragans.

Le programme d’aide fédéral, note le New York Times, créé après les ouragans dévastateurs de 2017, « reflète les politiques complexes associées au réchauffement aux États-Unis, alors même que la facture du réchauffement est devenue difficile à ignorer ».

Un phénomène similaire se dessine en Australie ce mois-ci, alors que le premier ministre Scott Morrison, un défenseur de l’industrie du charbon, a bien pris soin d’éluder ces dernières semaines toutes les questions sur les risques accrus de feux de brousse à cause du climat.

Les observateurs ont bien noté que le gouvernement australien avait été prévenu plusieurs fois plutôt qu’une, depuis 20 ans, de ces risques: les saisons des feux commenceront de plus en plus tôt et seront plus intenses. En éditorial cette semaine, la revue scientifique Nature en rajoute une couche: « les politiciens du pays ont fréquemment repoussé des actions significatives à travers une décennie perdue d’arguments sur la responsabilité humaine dans les changements climatiques ».

Le programme américain de 16 milliards$, approuvé par les élus des deux partis politiques, est une première dans ce pays (et le serait dans beaucoup de pays): de tels programmes, jusqu’ici, servaient à allouer des fonds à réparer des dommages qui viennent de survenir, alors que celui-ci a pour but d’aider les États à se préparer à de futurs dommages — inondations, sécheresses, incendies, ouragans… Les principaux États sur la ligne de front —Texas, Caroline du Sud, Louisiane et Floride — sont tous des États où la majorité vote pour le Parti républicain.


Autres contenus:

Dix ans plus tard, la vie est florissante à Fukushima

Partagez

À propos du journaliste

Agence Science-Presse

Répondre