Trouver les mécanismes pour aider à sauver la planète

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Limiter le réchauffement planétaire sous les 2 degrés Celsius nécessite une économie mondiale sans émissions carbone d’ici 2050 au plus tard, et donc une transformation en profondeur des méthodes de production d’énergie et d’utilisation des sols à l’échelle mondiale. Une équipe interdisciplinaire a exploré certains mécanismes qui pourraient déclencher cette grande transition vers une économie verte et vidée de ses émissions de GES… avant qu’il ne soit trop tard.

Dans des travaux publiés dans Proceedings of the National Academy of Sciences, les chercheurs ont identifié six « mécanismes de bascule » socio-économiques et les interventions liées qui pourraient enclencher une telle transition mondiale et provoquer une « décarbonisation » rapide de notre civilisation.

« Du secteur énergétique aux marchés financiers, en passant par nos villes, nous avons pu identifier des points de bascule et des méthodes d’intervention spécifiques qui pourraient provoquer une « contagion » mêlant des technologies qui se répandent rapidement, des structures comportementales et des normes sociales », affirme la principale auteure de l’étude, Ilona M. Otto, sociologue et économiste du Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK).

S’appuyant sur un coup de sonde, une rencontre en atelier et un examen approfondi de la littérature dans le domaine, les interventions sociales proposées comprennent la fin des subventions aux combustibles fossiles tout en favorisant la production d’énergie décentralisée, la construction de villes carboneutres, le fait de mettre fin aux investissements dans les biens liés aux combustibles fossiles, l’exposition aux implications morales de ces combustibles, l’amélioration de l’éducation climatique, ainsi que la divulgation d’informations à propos des émissions de gaz à effet de serre.

« S’il ne s’agit pas d’une liste complète ou exhaustive, ces résultats pourraient aider à développer des voies de transformation socio-économique rapide et d’explorer des avenues pour que notre société soit carboneutre d’ici 2050 », a ajouté Mme Otto.

Désinvestissement et production d’énergie carboneutre

Les scientifiques estiment que le potentiel de transformation le plus important et le plus rapide se trouve du côté des décisions de désinvestissement sur les marchés financiers, de la production énergétique et de la conception de système d’accumulation, où l’intérêt devrait porter sur l’utilisation de technologies carboneutres déjà existantes. Si les investissements sont redirigés vers des domaines durables, il serait possible de faire « basculer » les marchés financiers, par exemple si les banques étatiques et les compagnies d’assurance mettent en gardent contre les conséquences des biens et des acquis toujours liés aux combustibles fossiles.

« Cela pourrait provoquer un effet d’avalanche », mentionne le deuxième auteur principal de l’étude, Jonathan Donges, lui aussi relié au PIK. De façon similaire, l’utilisation des technologies carboneutres existantes pour la production d’énergie et pour améliorer l’efficacité énergétique pourrait pousser la société vers un mode de vie durable, précise l’étude. « Nos experts jugent que le point de non-retour sera atteint lorsque la production d’énergie selon des méthodes vertes sera plus rentable que l’énergie produite à l’aide de charbon, de pétrole ou de gaz naturel », ajoute M. Donges.

Protéger le climat, une norme sociale

Il est essentiel, précisent les auteurs des travaux, que ces transformations économiques, financières et énergétiques soient soutenues par des transformations comportementales au sein de la société. « Les gens sont au fait que les changements climatiques existent, mais ne savent pas que les comportements doivent changer pour réussir à lutter contre le phénomène. C’est une adéquation que la science ne peut régler à elle seule », soutient le coauteur Johan Rockström, directeur du PIK. « Une vie sans émissions de carbone doit être rendue aisée pour les gens, mais à long terme, il faut atteindre un nouvel équilibre sociétal au sein duquel la protection du climat est reconnue comme norme sociale. autrement, les chocs portés aux marchés financiers ou les crises économiques pourraient détruire les progrès accomplis en matière de décarbonisation. »

Selon un autre coauteur des travaux, Wolfgang Lucht, il est essentiel d’accorder les transformations normatives avec les changements déjà provoqués par les modifications climatiques provoquées par l’activité humaine. « Un exemple important de l’impact potentiel des changements normatifs est le mouvement des Vendredis pour le futur, qui est entré en contradiction avec la vision des choses de certaines personnes, et qui pourrait donc contribuer à changer les valeurs et les normes, ouvrir de nouvelles avenues politiques favorables à la décarbonisation, tout en développant une nouvelle méthode de réflexion collective lorsque vient le temps de lutter contre les changements climatiques. »


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Pieuvre.ca

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