Bande de bouffons: inconséquences et autres travers des Canadiens et des Québécois

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« Bande de bouffons »: je comprends l’expression de deux manières, au moins. La bande des cinq acteurs sur scène fait office de bouffons dans une tradition carnavalesque des déguisés qui remonte à l’antiquité ou davantage. Et nous sommes, nous Québécois et Canadiens, des sortes de bouffons, à savoir des individus dont on peut aisément se moquer, car on ne peut plus risibles et sur bien des aspects…

Bande de bouffons, la pièce produite par le Théâtre du Tandem et en tournée à travers le réseau des Maisons de la culture de Montréal, expose magnifiquement ces deux aspects combinés. Autant dire que l’autodérision, le comique, la farce – plutôt grotesque – et le pantomime sont présents et follement exploités pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Et pour réfléchir à notre identité, la pièce écrite par Jean-Philippe Lehoux et mise en scène par Jacques Laroche s’inspire très librement d’une conférence du philosophe Alain Deneault. Mais c’est paradoxalement avec une grande économie de mots que les cinq excellents acteurs de ce spectacle, qui ne manque pas de souffle, nous permet à la fois rire et de réfléchir en pointant bien des aspects de notre autosatisfaction mêlée à des combats dont nous nous gonflons et que nous croyons justes.

À quoi nous identifions-nous? À des colons? À des colonisés? À des colonisateurs? La pièce nous plonge, entre autres choses, en plein paradoxe de l’œuf et de la poule.

Et pour jouer sur le non-sens de notre suffisance, quoi de mieux adapté que le personnage ancien du bouffon carnavalesque transposé plus tard en fou du roi? Le bouffon est comme son nom l’indique un personnage bouffi, gonflé car flatulent avec des tendances scatologiques. Il se retrouve dans les traditions du carnaval où le souffle joue un rôle majeur dans le cycle du renouvellement de la nature au début du printemps, et de la circulation symbolique des âmes et donc du souffle de la vie. Du bouffon à la folie il n’y a qu’un pas. Le fou traditionnel est celui dont la cervelle est comme une outre gonflée d’air et qui, de ce seul fait, laisse sa parole et ses gestes s’échapper hors du contrôle de sa raison. Or c’est précisément là que s’expriment bien souvent les paroles de vérité, celles que personne n’ose proférer mais qui font mouche et pointent les aberrations et autres contradictions.

Les acteurs, sortes de fous au crâne et au corps gonflés de mille protubérances, dansent, chantent, et s’expriment davantage grâce aux mimiques de leurs corps qu’avec les mots de leur raison qui les a quittés. Sur fond de belles projections vidéo, ils expriment sans censure aucune le politiquement incorrect, et je dois dire que l’exercice m’a fait beaucoup de bien. Il m’a fait rire, et plus encore…

Bande de bouffons, du 17 janvier au 5 février 2020 dans le Réseau Accès Culture de Montréal.


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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