Paul à la maison, le long crépuscule

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La réputation de Michel Rabagliati n’est plus à faire. Bédéiste de talent, dont l’oeuvre a entre autres été immortalisée au grand écran, avec Paul à Québec, le voilà qui propose Paul à la maison,  plus récente déclinaison des aventures de son alter-ego « bédé-esque », dont la lecture laisse hélas un peu indifférent.

La couverture de la bande dessinée

Publiée aux éditions La Pastèque, cette nouvelle étape dans la vie de Paul prend des teintes légèrement sinistres dès la page couverture. Celle-ci, d’une couleur gris sombre, propose un paysage de fin d’automne, alors qu’un arbre perd lentement ses feuilles, qui viendront s’amasser sur un terrain déjà jonché de branches cassées.

Comme il est évidemment possible de s’en douter, tout ne va pas pour le mieux dans la vie de notre protagoniste. Maintenant dans la cinquantaine, vieilli prématurément, fatigué, affecté par divers problèmes de santé, Paul est seul chez lui après le départ de sa femme. Avec son travail effectué à partir de la maison, ses seuls contacts sociaux sont avec sa mère, qui se trouve dans une résidence pour personnes âgées, après avoir elle aussi divorcé de son conjoint.

C’est donc un Paul aigri qui habite les pages de cette bande dessinée. Pire encore, il ne réussit pas à « connecter » avec les jeunes, que ce soit avec des étudiants, lors d’une présentation dans une école, ou encore avec sa fille, qui est rebutée par son côté papa gâteau et qui souhaite voler de ses propres ailes.

Dans ce qui pourrait s’apparenter à une série de vignettes reprenant parfois des clichés particulièrement éculés à propos de la vie des personnes dans la cinquantaine, le dessinateur nous offre donc une vision bien triste de la vie de son héros autobiographique. On avait déjà vu, par exemple dans Paul à Québec, que le personnage principal n’était pas vraiment amateur de nouvelles technologies, mais la montée de lait contre les téléphones intelligents qui commencent à apparaître sur le marché (l’oeuvre se déroule en 2012) agace plus qu’elle ne divertit. Idem pour son approche avec sa fille, ou encore sa tendance à se complaire dans son propre malheur. Une séparation n’est jamais facile, et la crise de la cinquantaine peut tout à fait donner l’impression d’être percuté par un poids lourd, mais bien peu de gens apprécient l’idée de suivre les journées constamment misérables d’un personnage principal qui semble avoir durement chuté de son piédestal.

Cela ne veut pas dire, bien entendu, que ce Paul à la maison est une mauvaise BD, au contraire. Seulement, le ton désespérément pessimiste de l’ouvrage, couplé à certains aspects passablement rebutants de la personnalité du personnage principal, font en sorte d’instiller un sentiment de lassitude chez le lecteur. On cherche, page après page, une épiphanie, une transformation de la personnalité, voire un rebondissement scénaristique qui donnerait envie de sourire, de retrouver l’espoir. On en sera quitte pour attendre un éventuel prochain tome.

Paul à la maison, de Michel Rabagliati. Publié aux éditions La Pastèque, 208 pages.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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