Like a Boss: voler le show

0

Ce ne sera pas une grande surprise que de déclarer qu’avec une telle distribution et une prémisse aussi peu développée, les interprètes de Like a Boss sont décidément meilleurs que le film dans lequel ils doivent patauger. En ressort alors l’ombre d’une bonne comédie qui ne fonctionne pas vraiment, mais qui trouve néanmoins le moyen de nous divertir et, à ses heures, nous faire rire.

Si Miguel Arteta a surtout fait ses classes à la télévision, il a toujours essayé de faire rire et réfléchir au grand écran avec des films constamment à la limite de la satisfaction, dont son plus encensé fut probablement Beatriz at Dinner, une critique sociale et politique assez féroce où y brillait par sa douceur Salma Hayek.

Il n’est donc pas surprenant qu’il a tout de suite eu envie de renouer avec l’actrice de Frida qui sait après tout régulièrement nous surprendre. Dommage toutefois que le film doit arriver moins d’un an suivant le mésestimé The Hummingbird Project de notre Kim Nguyen national qui, tout en lui offrant un rôle similaire de patronne opportuniste et sans vergogne aux cheveux argentés, ne donne aucune chance à cette Claire Luna aux cheveux orangés qui se rapproche davantage de ses excès, comme dans The Hitman’s Bodyguard.

Il ne faut toutefois pas renier son sens de la répartie, idéal pour faire des étincelles avec tous les autres comédiens réunis, tout comme de rappeler le délirant Alexander and the Terrible, Horrible, No Good, Very Bad Day de Arteta, probablement son essai le plus convaincant en carrière. Dommage alors qu’ici, exit le cadre familial et bonjour les vulgarités, le scénario s’avère particulièrement décousu, à peine développé et bizarrement rythmé par des longueurs qui essaient d’insister sur des messages plus dramatiques, comme sur la beauté naturelle et l’amitié, ce que I Feel Pretty, qui chatouillait également le milieu des cosmétiques, faisait de manière beaucoup plus intéressante.

Au moins, Ari Gaynor s’amuse autant que Karan Soni, alors que les scénaristes renouent avec Ryan Hansen, vedette de la télésérie Ryan Hansen Solves Crimes on Television, dont ils ont écrit un épisode. On note également Jennifer Coolidge, aussi bizarroïde qu’à ses habitudes, et Billy Porter, qui se retrouve avec l’une des scènes les plus hilarantes du long-métrage.

Puisque voilà, ce film, qui paraît probablement plus long que ses maigres 83 minutes, ne manque pourtant pas de rires, l’absurde l’emportant souvent sur la majorité des situations, faisant croire à un tournage qui devait être des plus amusants. On pense à chaque moment de danse improvisé, qui sont assez irrésistibles pour dégourdir les faciès.

Cela aide également que Tiffany Haddish soit l’une des forces brutes et spontanées les plus imposantes de l’humour (n’en déplaise à sa filmographie qui semble surtout aligner les projets douteux) et que la merveilleuse Rose Byrne, à l’instar de Chris Hemsworth, qui vient également de l’Australie, brille toujours de son mieux en humour et que sa chimie est indéniable, qu’importe le partenaire qu’on lui accorde.

Avec une fureur de rire contagieuse, les deux têtes d’affiche amusent autant qu’elles font espérer un film meilleur, surtout quand on repense aux Neighbors, Bridesmaids, I Give it a Year et autres projets hilarants et intemporels que Byrne affiche fièrement sur son CV. D’autant plus que le trop ignoré, mais pourtant brillant Instant Family réussissait justement à prioriser un humour souvent exagéré pour mieux aborder un sujet essentiel et actuel, mariant dans un équilibre impressionnant les rires à gorge déployée et les moments plus touchants.

Like a Boss ne réinvente rien, non, mais évite le naufrage en rappelant l’importance d’une bonne distribution qui, même si elle se fourvoie un peu en se commettant dans un film en dessous de ses compétences, parvient néanmoins à ironiquement le relever. Comme quoi, autant dans l’histoire que du côté des comédiens, tout ici est une question et voler le show, ce que les deux têtes d’affiche, qu’on a trop souvent reléguées aux rôles secondaires, s’acquittent de faire avec un naturel désarmant.

5/10

Like a Boss prenait l’affiche vendredi dernier.


Autres contenus:

Anna and the Apocalypse ne donne pas trop l’envie de prolonger les festivités

Partagez

À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

Répondre