Littérature – Oh boy!

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La résistance se manifeste d’abord dans le cœur de la personne qui y croit. C’est peut-être ainsi que je choisirais de résumer en quelques mots le magnifique ouvrage d’Aurélie Champagne, paru en septembre dernier chez Monsieur Toussaint Louverture, et intitulé Zébu Boy.

Aurélie Champagne

Zébu Boy, c’est le surnom que s’est gagné Ambila lorsque qu’il combattait les zébus dans l’arène, comme on le fait avec les taureaux en Espagne. Mais, chez lui, à Madagascar, on appelle ça une savika, plutôt qu’une corrida. Et de la savika, Ambila était le maître incontesté. Adulé de tous les amateurs, les jeunes femmes étaient sous son charme. Alors que la guerre est déclarée et sous promesse de l’obtention de la nationalité française, Zébu Boy choisit de s’enrôler. Bien vite, il déchantera. La guerre, c’est la guerre: il y perd un ami cher, combat du mieux qu’il peut, est fait prisonnier et fini abandonné par la grande patrie française.

De retour au pays, il tente de se refaire et croit fermement en ses chances et en le pouvoir des amulettes qui achète d’un fameux ombiasy, ou qu’il finit par fabriquer lui-même, convaincu qu’il n’a pas seulement la baraka, mais aussi le talent de sorcier et la savoir de la forêt. Mais voilà que sa chance tourne quand il participe un peu malgré lui à une tentative de révolte des Malgaches contre la mainmise des Français sur son île magnifique.

C’est une histoire sauvage, puissante et douloureuse que nous raconte en finesse et en poésie, Aurélie Champagne. Elle nous y présente une Madagascar à la nature omniprésente, aux parfums enivrants, aux sons étourdissants des oiseaux et des singes, autant que des sauterelles. Un pays dans lequel l’espoir repose tantôt sur un pistolet ou une amulette, tantôt sur la famille ou les amis, tantôt sur le destin envisagé pour cette île fabuleuse.

Avec un vocabulaire très riche, Champagne nous fait partager les humeurs, les peurs, les joies et même la sueur de ses personnages, très colorés mais toujours crédibles. Difficile lecture en raison des faits historiques présentés qui sont souvent très durs: la guerre, c’est la guerre. Mais aussi une superbe lecture pour toute l’émotion et la sincérité qu’on y retrouve.


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À propos du journaliste

Martin Prévost

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.

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