Joker: l’attaque des clowns

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Si vous n’avez pas encore eu la chance de voir Joker, l’un des meilleurs films de 2019, sa sortie aujourd’hui en 4K, Blu-ray et DVD vous permettra de découvrir cette farce subversive signée Todd Phillips.

Vivant seul avec sa mère malade et souffrant d’un trouble provoquant chez lui des crises de rires incontrôlables pouvant survenir à tout moment, Arthur Fleck exerce le métier de clown professionnel. Qu’il fasse de la réclame sur la rue ou qu’il visite des enfants à l’hôpital, ses apparitions provoquent toujours davantage de malaises que de rires, ce qui ne l’empêche pas de rêver de devenir stand-up comique, et d’être invité à Live With Murray Franklin, une émission de télé qu’il regarde religieusement soir après soir. Le clown connaîtra enfin son heure de gloire lorsque, après avoir abattu trois cadres de Wayne Entreprises qui menaçaient de le tabasser, il devient un symbole de révolte dans une Gotham déchirée par les tensions sociales et le ressentiment envers les élites de la ville.

La pochette du boîtier

Contrairement à la vaste majorité des vilains dans les comics, les origines du Joker, racontées la plupart du temps par le Clown prince du crime lui-même, ne sont pas coulées dans le béton, et la façon précise dont il est devenu l’ennemi le plus redoutable de Batman fluctue grandement selon les époques et les scénaristes. Avec le film Joker, le réalisateur Todd Phillips tire profit du flou artistique entourant le personnage pour en livrer une version très personnelle, qui met de côté la chute dans une cuve de déchets toxiques, souvent utilisée pour justifier son apparence et sa folie, et lui attribue une nouvelle identité et un tout nouveau passé, davantage ancré dans la réalité.

Tout en incluant Alfred Pennyworth, Thomas Wayne ou un jeune Bruce dans son intrigue, Joker semble beaucoup plus influencé par le travail cinématographique de Martin Scorcese que par Batman, ou les comics de DC. Baignant dans une ambiance des années 1970, sa Gotham croulant sous les déchets et la violence sociale évoque énormément le New York de Taxi Driver, et son Arthur Fleck, un stand-up pas très comique rêvant de gloire et vivant dans son monde imaginaire, possède beaucoup en commun avec le Rupert Pupkins du film The King of Comedy. La participation de Robert De Niro dans le rôle de l’animateur de télévision Murray Franklin vient en quelque sorte confirmer cette influence.

Image tirée du film

Autant en termes de réalisation que des thèmes traités, Joker est beaucoup plus près du film d’auteur que de la mégaproduction commerciale. Les scènes d’action y sont rares, et la violence n’y est pas exagérée mais brutale, et utilisée chirurgicalement à travers le long-métrage. Sans glorifier ce personnage qui, à l’instar d’un Néron moderne, rit pendant que le monde brûle autour de lui, le scénario lui donne toutefois une certaine légitimité, en présentant sa venue comme une réaction à une société de plus en plus odieuse et violente. Abordant les inégalités sociales, la soif de célébrité, la désinstitutionnalisation des personnes atteintes de troubles mentaux, ou le ressentiment des masses à l’égard des élites, cette tragicomédie est sans aucun doute la plus adulte des adaptations de comics au grand écran, déclassant même la trilogie du Chevalier noir de Christopher Nolan ou le Watchmen de Zack Snyder.

Après la performance magistrale de Heath Ledger dans The Dark Knight, il n’est vraiment pas évident de reprendre le rôle du Joker (parlez-en à Jared Leto, qui s’y est frotté avec un succès mitigé dans Suicide Squad), mais Joaquin Phoenix parvient à insuffler sa propre personnalité au Clown prince du crime dans Joker. Tandis que Ledger misait sur le chaos, Phoenix s’attarde davantage au déséquilibre mental et à l’étrangeté du personnage, et sa façon de rire et sangloter en même temps suscite l’inconfort à tout coup, sans oublier les petites danses incongrues qu’il incorpore à son jeu. En plus de Robert De Niro, il partage l’affiche avec des vétérans de la trempe de Frances Conroy, Shea Whigham, Brett Cullen ou Bill Camp.

Image tirée du film

L’édition Combo-Pack inclut Joker sur disques Blu-ray et DVD, et s’accompagne d’un code pour télécharger une copie numérique. Todd Phillips explique ses motivations pour réaliser ce film et son grand amour des vilains dans un documentaire d’une vingtaine de minutes intitulé Joker: Vision & Fury. Une revuette de quelques minutes met en évidence les talents d’improvisateur de Joaquin Phoenix, en montrant plusieurs prises d’une même scène jouée différemment à chaque fois par l’acteur. Le matériel supplémentaire comprend aussi un montage des poses les plus bizarres du Joker, et une galerie animée de photos du tournage.

Venant d’un réalisateur qui nous a habitué à des comédies vulgaires comme Road Trip ou la trilogie The Hangover, Joker est une œuvre d’une maturité et d’une profondeur étonnante, et cette critique acerbe de la société n’est pas qu’une adaptation de plus d’un comics au grand écran, mais bien un grand film.

8.5/10

Joker

Réalisation : Todd Phillips

Scénario : Todd Phillips et Scott Silver (d’après des personnages créés par Bob Kane, Bill Finger et Jerry Robinson)

Avec : Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz, Frances Conroy, Brett Cullen, Shea Whigham et Bill Camp

Durée : 122 minutes

Format : Combo Pack (Blu-ray + DVD + copie numérique)

Langue : Anglais, français, espagnol et portugais


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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