Anna and the Apocalypse ne donne pas trop l’envie de prolonger les festivités

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La période des Fêtes tire peut-être à sa fin, mais les créations thématiques vivent à jamais, pour le meilleur et le pire, comme en fait foi Anna and the Apocalypse, finalement disponible en DVD en version originale seulement. Le film, avec son concept aussi prometteur relativement gâché, ne donne pas vraiment le goût de poursuivre les célébrations de fin d’année.

Fallait y penser, à ce petit chouchou des festivals – y compris lors de notre propre messe du cinéma de genre, Fantasia – qui vient donner une dimension inattendue au film de zombies en adoptant les tics de la comédie musicale, chansons originales et chorégraphies incluses. Histoire de pousser le kitsch et le délire à un niveau supérieur, voilà qu’on a décidé de situer l’histoire en plein temps des Fêtes! Une décision pas banale qui n’apporte toutefois pas grand-chose.

Comme quoi, bien que compétente, cette version libre et longue du court-métrage Zombie Musical de Ryan McHenry, décédé en 2015, à qui on a dédié ce film, a peut-être de quoi le faire virer dans sa tombe tellement l’exercice s’essouffle rapidement et, horreur, se prend tellement au sérieux.

De fait, face à quelque chose d’aussi absurde, on aurait pu s’attendre à un ton léger et beaucoup de folies, mais certainement pas à ce pendant dramatique qui l’emporte constamment sur tout. Pourtant, le charme écossais avait de quoi ramener l’expertise européenne à l’avant-plan et raviver en nous le charme du délirant Shaun of the Dead. Ce dernier réussissait après tout l’improbable en nous faisant croire à l’amitié, à une jolie romance et à l’importance de la famille, sauf que le talent d’Edgar Wright et ses fidèles comparses que sont Nick Frost et Simon Pegg est dans une classe à part, alors que les artisans, ici, ne sont même pas près de les frôler.

Les quelques bonnes idées et moments amusants se font alors distiller ici dans ces déboires d’adolescents qui nous rapprochent davantage de Glee et High School Musical que de La La Land, comme la citation qu’on retrouve partout dans les contenus publicitaires aime nous le rappeler.

Ainsi, pour être de son époque, on nous mentionne l’intimidation dans les thématiques, tout comme l’omniprésence de la technologie (la chanson sur l’absence de communication a certainement de quoi faire rouler des yeux).

La pochette du coffret

La pochette du coffret

Certes, les zombies sont satisfaisants et il y a du gore, ce qui n’est pas de refus, les comédiens sont enjoués et s’acquittent de leurs rôles avec efficacité, mais les chansons ne fonctionnent pas tous (comme l’insupportable morceau du méchant directeur de remplacement de l’école) alors que la majorité des chorégraphies font pitié dans leurs absences de moyens (celle dans la cafétéria est aux limites du risibles et pas pour les bonnes raisons).

De plus le charisme de ces jolis enfants de chœur, l’aisée Ella Hunt dans le rôle-titre notamment, ne leur confère probablement pas la chimie dont rêvaient ses créateurs, alors qu’il est assez improbable que l’attachant Malcolm Cumming soit un petit jeune inconfortable et intimidé.

On se retrouve ainsi avec un autre de ces excellents concepts mal exécutés. Pas nécessairement dans sa technique qui s’avère honorable face aux moyens, mais dans l’écriture et l’angle qu’on a voulu adopter. Surtout que les valeurs et les morales prennent de drôles de tournures à mesure que le tout avance et qu’on nous dévoile la destinée de chacun, notamment celle du méchant briseur de cœurs égocentrique.

Anna and the Apocalypse fait donc sans mal tourner les têtes, mais lorsqu’on s’y concentre on y découvre surtout une déception qui fait secrètement rêver à ce que des créateurs un peu plus talentueux reprennent le flambeau pour en faire l’œuvre jouissive qu’on attendait et méritait.

Si l’on apprécie néanmoins que le film a finalement fait son chemin vers le format physique, on se désole qu’il n’y a pas de sous-titres français, alors qu’on ne regrette pas que personne ait eu l’idée de traduire les chansons.

5/10

Anna and the Apocalypse est disponible en Blu-ray et en DVD via VVS Films.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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