Merci pour tout: crisse-mas

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Après une panoplie de téléséries à succès, Isabelle Langlois fait finalement le saut au grand écran pour le pimenter de son irrésistible sens de la répartie en signant le scénario et les dialogues de Merci pour tout, piloté par nulle autre que Louise Archambault, qui se releve à peine de son succès Il pleuvait des oiseaux. Dommage que ce film largement générique se cherche constamment une raison d’être.

Dans cette ode aux familles dysfonctionnelles, mais d’abord et avant tout aux femmes et à la complicité féminine, époque oblige tout comme l’équipe derrière le projet, voilà que Archambault adopte un ton détonnant dans sa filmographie tout en restant très près de son thème de prédilection : la famille. Pas question toutefois de refroidir ses propos, se contentant seulement de l’hiver bien enneigé et bien blanc pour rappeler ad nauseam que ce qu’on visionne, qu’on le veuille ou non, est bel et bien un film de Noël.

Probablement qu’il était facile d’avoir la puce à l’oreille avec sa date de sortie, prête à rivaliser avec les plus grosses productions d’Hollywood, mais comme si ce n’était pas assez, on nous assomme aux deux secondes de chansons thématiques, de grelots, de répliques et de références au temps des fêtes pour nous y faire baigner sans qu’on puisse s’en sortir.

Pourtant, rien dans ce film pas si grand public que ça (on y jase argent sale, magouille, amants, malfrats, kidnapping et compagnie) ne justifiait une sortie aussi stratégique, tellement le résultat est à la fois fade, sans saveur et finalement pas si drôle qu’on l’aurait espéré.

De fait, à l’instar du triste sort réservé à Charlotte a du fun (qui semble avoir mieux fait tourner la tête chez nos cousins du sud, avec son titre d’origine Slut in a Good Way), le film aurait bien pu être relégué au printemps que ça n’aurait pas changé grand-chose.

Il faut dire que malgré le côté saugrenu des situations et plusieurs répliques cinglantes, il manque de chair autour de l’os pour un ensemble qui manque finalement de mordant. En provenance de l’imaginaire de celle qui nourrit les maisonnées à coup d’épisodes de vingt minutes chaque semaines, on semble vouloir ici étirer la sauce d’un scénario qui ne se tient pas toujours bien entre les moments tordus ou touchants, comme en font foi les interminables plans de coupe, tout comme les infatigables plans de drones (technique découverte dans le film précédent, on suppose donc que la cinéaste ne veut tristement plus s’en défaire).

Pour le reste, on donne dans le film québécois typique en additionnant les éléments clés: famille brisée, deux membres d’une même famille en froid différents, mais semblables qui vont reconnecter, un deuil, un artiste et des personnages loufoques au passage de ce road-movie imprévu. Y a pas à dire, Réservoir nous en offrait le pendant masculin il y a à peine quelques semaines.

L'affiche du film

L’affiche du film

Malheureusement pour l’ensemble, n’en déplaise à la complicité palpable de Julie Perreault et Magalie Lépine-Blondeau (qui ne chante pas si bien que cela en passant, massacrant une chanson originale écrite pour l’occasion, carrément typique de l’œuvre de Ariane Moffatt), on ne s’attache pas particulièrement à ces deux chipies en pleine crise existentielle, pas plus qu’à leurs déboires et leur manière de constamment nous rappeler « qu’elles sont folles » alors qu’elles le sont décidément pas tant finalement.

Par ailleurs, un Guy Nadon qui ne fait pas grand-chose et un Robin Aubert qui vient encore encaisser le pognon (il multiplie vaillamment les apparitions au cinéma, cette année), cela s’avère malheureusement trop peu pour nous garder intéressé, surtout lorsqu’on fait si peu avec le toujours irrésistible Patrick Hivon et beaucoup trop avec le piètre Aliocha Schneider.

Ainsi, dans cette quête du deuil et du pardon adossé à une chasse à l’homme (ou à la femme, selon), on ne comprend jamais vraiment pourquoi on insiste toujours constamment sur le temps des Fêtes, ajoutant une critique sociétale et un sentiment d’empressement qui ne s’avèrent jamais être véritablement pertinents.

Merci pour tout paraît donc bien plus long qu’il ne l’est et rarement aussi léger et divertissant qu’il semble le prétendre. L’ensemble a des allures d’oeuvre qui était probablement bien plus amusante à faire qu’à visionner. Un long-métrage oubliable qui malgré son désir d’être dans l’air du temps et « attendu », n’arrive jamais à nous convaincre de son existence, ni à savoir pourquoi et surtout pour qui il a été conçu.

5/10

Merci pour tout prend l’affiche en salles pour Noël.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

Un commentaire

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    La qualité d’un critique de cinéma se mesure à sa capacité à mettre en lumière les qualités et les défauts d’un film, et du jeu des personnages. Ça demande de la culture et du talent. On sort plus intelligent de la lecture d’une critique digne de ce nom , qui nous apprend à mieux voir ce qui aurait pu nous échapper.

    Jim Chartrand, lui, ne parle pas de cinéma dans ses critiques. Il ne parle que de son état d’âme négatif, son humeur du moment, sa détestation de l’un ou sa haine de l’autre, tout qui n’ intéresse pas les cinéphiles. Il se contente d’attaques personnelles et gratuites contre les comédiens et les réalisateurs. Sa méchanceté lui tient lieu d’esprit, et lui donne l’illusion de compter.

    M. Chartrand, vous encombrez le paysage. Laissez la place à des critiques dignes de ce nom, ou retournez à l’école.

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