Les adolescents inaptes à discerner la désinformation

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Une nouvelle recherche confirme — encore — que les adolescents sont très mal préparés à juger de la crédibilité d’une information en ligne. Selon les chercheurs de l’Université Stanford, qui ont soumis une série de six exercices à un peu plus de 3400 étudiants américains du secondaire (high school), c’est toutefois le système d’éducation, et non les étudiants, qui est à blâmer.

Par exemple, 96% de ces étudiants n’ont pas pris en considération le fait que les liens qu’entretenait un site web avec l’industrie des carburants fossiles pouvaient affecter la crédibilité des informations que donnait ce site sur les changements climatiques.

Et plus de la moitié (52%) ont cru qu’une vidéo floue diffusée sur Facebook, qui montrait des gens remplissant illégalement des boîtes de scrutin, « prouvait » l’existence de fraudes lors des élections américaines de 2016… alors que la vidéo montrait une scène survenue en Russie.

Il s’agit là de deux des six exercices auxquels les chercheurs du Stanford History Education Group (SHEG) ont soumis ces étudiants. Leur rapport, paru le 18 novembre, conclut que « les potentiels jeunes électeurs » n’ont pas les compétences requises « pour juger de la fiabilité des informations en ligne ». La grande majorité des étudiants (90%) ont échoué au moins quatre des six exercices.

Des résultats « troublants », à un an de la prochaine élection présidentielle, ajoute Sam Wineburg, fondateur du SHEG et co-auteur du rapport. Un rapport qui s’inscrit dans la foulée d’une enquête similaire publiée en 2016 par le même groupe, et qui avait également conclu que les jeunes étaient faciles à tromper sur Internet. Cette enquête de 2016, de plus, arrivait en même temps qu’une prise de conscience face à l’ampleur du phénomène des « fake news » sur les médias sociaux; ce qui avait contribué, aux États-Unis, à faire naître plusieurs initiatives de lutte à la désinformation, poussées par des législateurs ou par des enseignants.

Faut-il conclure, deux ans ans plus tard (l’enquête a été menée en 2018-2019) à l’échec de ces initiatives? Les auteurs ne vont pas jusque-là, mais se montrent ouvertement critiques d’une des approches, celle qui consiste à apprendre aux étudiants à cocher les différents items d’une liste censée les amener à décider s’il s’agit d’un site fiable.

Cette approche, disent-ils, peut conduire les jeunes à accorder trop d’attention à « la liste », plutôt que de leur enseigner à faire une recherche —par exemple, pour découvrir par eux-mêmes qu’un site est associé à l’industrie des carburants fossiles. Dans le cas de la vidéo tournée en Russie, un quart des étudiants ont dit correctement que la vidéo ne prouvait pas l’existence de fraude dans les élections américaines, mais n’ont pas pu expliquer pourquoi. Seulement 3% ont fait une recherche qui les a conduits à trouver un reportage de la BBC démontrant que la vidéo n’avait pas été tournée aux États-Unis.


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Agence Science-Presse

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