Harry Potter et le prince de sang mêlé en ciné-concert

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Les sorciers montréalais, petits et grands, avaient de quoi se réjouir vendredi et samedi derniers. La troupe Ciné-Concert était de retour à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts afin de poursuivre leur interprétation de la bande sonore des films de la saga Harry Potter. Cette fois, nous avions droit au sixième opus, soit Harry Potter et le prince de sang mêlé. Comme à chaque fois, la salle était comble de sorciers et de moldus, dont certains étaient déguisés pour l’occasion.

Sous la baguette bienveillante, mais tout de même implacable de la cheffe d’orchestre Sarah Hicks, nous avons été témoins du film projeté sur grand écran, mais dont la musique est restituée entièrement sous nos yeux par un orchestre symphonique en parfaite synchronicité avec l’image.

Fidèle à son habitude, la cheffe d’orchestre originaire de Toronto a salué la foule en Français, invitant les spectateurs à prendre part à cette grande messe symphonique à leur façon. Ainsi, dans ces ciné-concerts, il est tout à fait permis et même encouragé de rire aux éclats pour saluer les bons coups des héros, ou encore de huer les méchants et les vilains haut et fort.

Il faut dire que ce concert était somme toute remarquable pour le mélomane averti. En effet, la partition de ce sixième opus de la saga d’Harry Potter est particulièrement riche du point de vue musical. Au fil de notre couverture des ciné-concert d’Harry Potter ces dernières années, nous avions parfois souligné la banalité des bandes sonores des successeurs de John Williams. Celui-ci, rappelons-le, composa la musique des trois premiers films uniquement, avant de passer le flambeau à d’autres compositeurs qui auront eu la main plus ou moins heureuse. Dans ce sixième film, Nicholas Hooper signe ici une musique sobre, mais pourtant complexe qui sied merveilleusement bien à l’aura de mystère qui caractérise nos héros. Il s’agit probablement de l’opus du film composé par ce dernier dans lequel il se sera le mieux musicalement exprimé.

La harpe est grandement mise en valeur au fil de l’intrigue, entremêlée d’un lourd sentiment de conflit intérieur dans le cas du vil Drago Malfoy, ou alors plus légère, pour illustrer les tourments de premiers amours adolescents de nos héros. L’orchestre, et tout particulièrement la harpiste de la troupe, restituèrent une interprétation en tout point identique à la bande sonore enregistrée. À chaque représentation, ceci constitue un impressionnant tour de force de maîtrise de la mesure de la part de la cheffe d’orchestre.

Malheureusement, certaines sections trop complexes ne pouvaient être jouées en direct sous nos yeux. Pensons notamment au chœur de voix qui accompagne les sombres explorations de Dumbledore dans les grottes maritimes irlandaises. Le crescendo de violons et le rythme grave des contrebasses de cette scène grandiose était malheureusement superposé à un chœur enregistré. Considérant que la salle Wilfrid Pelletier grouillait déjà de musiciens, on peut comprendre que nous devions nous passer de réels chanteurs. Autre constat : la section des percussions paraissait bien faible vendredi soir. L’absence de tambours convaincants laissait la pièce Fireworks, ce morceau emblématique des jumeaux Weasley, tomber un peu à plat.

Au total, l’orchestre aura joué plus d’une heure et demie de musique en continue, sans aucune faute apparente. Aux confluents entre une sortie au cinéma et un concert classique, ces représentations permettent de démocratiser la musique de films pour les jeunes et moins jeunes, en plus de prendre conscience de tous les défis techniques qui entourent l’enregistrement des trames sonores: l’importance du synchronisme et l’endurance nécessaire des musiciens pour suivre le rythme de l’intrigue sans aucun répit ou presque.

Malgré le prix prohibitif des billets, il importe de rappeler que, dans ce type de prestation, les meilleurs sièges se trouvent en hauteur afin de pouvoir décoder le travail de chaque section de l’orchestre.

Un conseil éclairé quand on sait qu’en termes de ciné-concerts, le public montréalais aura de quoi se mettre sous la dent dans les prochains mois ! Cette même troupe présentera le film Titanic cet hiver, ou encore le Seigneur des Anneaux, toujours à la place des arts et par le même promoteur. Aussi, il y a fort à parier que l’orchestre reviendra encore au printemps pour nous présenter l’ultime conclusion des aventures d’Harry Potter. Le visionnement de ces concerts constitue toujours un réel plaisir.


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À propos du journaliste

Xavier Proulx

Architecte, ingénieur et photographe, Xavier Proulx est journaliste pour Pieuvre.ca depuis plusieurs années. Mélomane averti, il se spécialise dans la couverture des événements musicaux de Montréal. Pour lui, ces compte-rendus sont un prétexte pour décrire de façon onirique les impressions du spectateur.

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