Quand une lune n’est plus une lune

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Les astronomes se préparent peut-être une reprise du « scandale Pluton » —ce moment de leur histoire où, en 2006, ils ont changé la définition d’une planète, faisant perdre à Pluton son statut. Les prochaines victimes pourraient être… les lunes.  

Une lune est-elle vraiment une lune? La question aurait semblé inappropriée il y a quelques années encore, mais alors que les télescopes permettent à présent de détecter des cailloux d’à peine quelques kilomètres de large autour de Jupiter et de Saturne, les mettre dans la même catégorie que notre Lune commence à en embêter plusieurs.

Le 7 octobre dernier, les astronomes ont annoncé la découverte de 20 nouvelles lunes d’un seul coup autour de Saturne. Elles font toutes environ 5 kilomètres de diamètre. En comparaison, plusieurs des lunes de notre système solaire, comme la nôtre ou comme les Ganymède et autres Europe qui tournent autour de Jupiter, sont des petites planètes assez grosses pour avoir des caractéristiques qui leur sont uniques.

Or, il se trouve que l’Union astronomique internationale —le seul organisme autorisé à nommer officiellement les corps célestes— n’a pas de définition formelle d’une lune. Peut-être parce qu’on a toujours présumé qu’il relevait de l’évidence que c’était un corps céleste tournant autour d’un plus gros que lui —mais c’était longtemps avant qu’on ne détecte les premiers astéroïdes, au 19e siècle, et plus longtemps avant qu’on ne découvre qu’une lune pouvait elle-même avoir des « lunes » en orbite autour d’elle.

La solution la plus évidente, suggère la journaliste du New Scientist Leah Crane, serait de fixer un seuil minimum basé sur la taille ou sur la masse. Comme la taille risque d’être difficile à mesurer chez les éventuelles lunes que nous pourrions détecter en orbite autour d’exoplanètes, la masse part avec un avantage, d’autant que c’est le critère-clef pour une planète: un objet qui possède une masse suffisante pour s’agglomérer en un corps presque sphérique. Appliqué aux lunes, ce critère réduirait considérablement le terrain de jeu: il ne resterait qu’une vingtaine de « vraies » lunes dans notre système solaire (sur les 214 connues en ce moment), dont 4 autour de Jupiter et 7 autour de Saturne — et bien sûr, la nôtre.

Si les astronomes suivaient cette voie, resterait à trouver un nom aux autres: satellite mineur, lune naine, ou… lunette?


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Agence Science-Presse

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