Spirit, l’esprit des aborigènes d’Australie invoqué par la danse

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Spirit, le spectacle du chorégraphe Stephen Page, un descendant du peuple Nunukul et du clan Munaldkali de la nation Yugambeh, au sud-est du Queensland (Australie), est une plongée dans le monde mystérieux d’une culture traditionnelle en connexion avec la terre et les esprits censés y habiter.

Avec ses 17 danseurs époustouflants, Spirit propose une dizaine de séquences dansées de longueurs variables, toutes extraites de spectacles passés dont certains remontent à une vingtaine d’années. En dépit de cette hétérogénéité, l’ensemble offre des moments d’une exceptionnelle beauté. Entre danse contemporaine et rituels traditionnels, la compagnie Bangarra Dance Theatre fait la démonstration que l’art peut constituer un pont entre cultures différentes pour s’apprécier mutuellement.

La première séquence, l’une des plus longues, présente une sorte de voyage spirituel d’une jeune fille dans le monde des ancêtres, les brolgas, des oiseaux de la famille du héron. Prise en charge par une ancienne du clan qui détient sans doute des savoirs secrets, la jeune danseuse est symboliquement enduite de plumes avant de pénétrer un monde de créatures étranges aux yeux masqués et dont elle fera ensuite partie. Les chorégraphies sont superbes et portées par une musique et des voix qui évoquent une nature désertique et presque hostile. Un décor fait de trois immenses panneaux tissés de fils dorés évoque un monde minéral et végétal aride. Les danseurs, contraints par leurs bras repliés en forme d’ailes, expriment encore davantage de souplesse et d’énergie dans des coordonnés parfaits et en harmonie avec la musique. La séquence inclut une sorte de danse nuptiale entre la jeune fille et un danseur étonnant, au maquillage évocateur du monde animal.

Dans une deuxième séquence, après une brève projection vidéo qui présente l’état des peuples aborigènes en Australie et certaines de leurs revendications politiques, des hommes arrivent deux par deux, cachés derrière des buissons. Les aborigènes d’Australie sont des chasseurs cueilleurs et ce très bel extrait en évoque les aspects par de coordonnés magnifiques et presqu’acrobatiques.

Le troisième décor est à couper le souffle avec un fond de scène qui semble un énorme gros plan sur une feuille d’arbre séchée dans les tons d’ocre et de roux qui montre sa transparence. Puis, c’est à une cérémonie d’initiation que l’on assiste. Le candidat, un danseur d’une puissance exceptionnelle est comme traqué par ses pairs avant d’être intégrés à eux.

L’ensemble constitue un magnifique ballet, au sommet de ce que propose les meilleures troupes de danse contemporaine, totalement en phase avec la programmation que propose Danse Danse depuis des années à Montréal.

Spirit, du Bangarra Dance Theatre, du 30 octobre au 2 novembre, au théâtre Maisonneuve.


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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