Parasite (Gisaengchung): famille, je te hais

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C’est tout un film qui prend l’affiche cette semaine, alors que Parasite, la Palme d’or de cette année et le plus récent film du cinéaste coréen Bong Joon-ho, arrive enfin sur nos écrans. Un nouveau délire de classes sociales qui parviendra même à déstabiliser les fidèles les plus aguerris.

Après ses longs déboires qui ont mené à ses ambitieux Snowpiercer, son brillant film international post-apocalyptique, et Okja, sa production pour la plateforme Netflix, Bong Joon-ho a décidé de retourner au bercail pour s’offrir un film bien à lui, son premier film entièrement coréen depuis le magistral Mother (Madeo), encore son meilleur film à ce jour. Un choix qui s’avère gagnant, puisque son long-métrage fait tourner toutes les têtes et attire l’attention partout où il passe, en plus d’être sur le point de devenir l’un des films coréens les plus marquants et accessibles à ne jamais avoir pris l’affiche.

C’est que cette fable en deux temps touche tout le monde. Ce rêve de l’inaccessible est facilement assimilable, et l’esprit trouble du cinéaste a juste ce qu’il faut de maîtrise et de trouvaille pour ne jamais ennuyer son spectateur.

Certes, la première partie est plus convenue que ce à quoi le cinéaste nous a habitués. C’est indubitablement vicieux, oui, mais on suit avec aisance cette famille de peu de moyens qui est prête à tout pour accéder aux ligues majeures, quand une opportunité unique se retrouve sur son chemin.

En effet, un ami du fils de la famille propose de prendre sa place de tuteur dans une famille fortement aisée. Débutera alors tout un engrenage de ruses et de manipulations. Ce principe du levier et de l’élévation n’est pas nouveau pour le cinéaste, qui l’avait fait de manière beaucoup plus directe dans Snowpiercer, où la classe ouvrière essayait littéralement d’accéder aux riches en avançant dans les wagons du train qui ne s’arrête jamais.

Ici, bien sûr, tout y est plus subtil, et on prend judicieusement le temps de bien situer chacun des personnages, leurs traits, leurs forces, leurs faiblesses, leurs envies, etc. C’est à mi-chemin, toutefois, lorsque l’ensemble a priori infaillible commencera à se craqueler, que tout se mettra à dégénérer et que le brio du long-métrage n’en finira plus de détonner.

La pluie, habituellement utilisée au cinéma pour nettoyer les péchés, prendra une forme beaucoup plus menaçante ici en poussant littéralement le passé et ses secrets à remonter à la surface. La lutte des classes sera également prise au mot et on se lancera dans une succession de moments tendus qui réussiront à nous épater.

On le sait, chez Bong, la famille est essentielle, et ce n’est pas pour rien qu’il a finalement décidé de renouer avec le grand acteur Song Kang-Ho pour interpréter de nouveau un patriarche fort, plus de dix ans après l’excellent The Host (Gwoemul). Ses personnages ont également l’habitude d’être acharnés et entêtés, en plus d’être prêts à tout pour sauver leur proche, ce qui est définitivement encore le cas ici.

Il faut toutefois découvrir dans le film comment il s’y prend pour pousser les uns et les autres à surmonter les obstacles sur leur route et à essayer de se sauver à tour de rôle. Le jeu de miroir est également bien plus convaincant et mieux développé que le faisait Us plus tôt cette année en abordant des thèmes décidément similaires.

Bon, on ne voudra pas trop en dire pour ne pas gâcher les nombreux revirements, mais nul doute que le cinéaste est encore en grande maîtrise de tous ses moyens, maximisant ses possibilités avec l’image, le son et le montage. Certaines transitions ressortent sans mal du lot, ajoutant à l’excellence de l’ensemble, ce qui place certainement le film dans une classe à part en terme de qualités techniques, une caractéristique propre au cinéma coréen toujours exemplaire à ce niveau.

S’il y avait un reproche à donner au film, c’est probablement dans son épilogue un brin trop explicatif et mélodramatique. Face à un réalisateur qui a toujours su créer des images d’une immense force et d’une inoubliable poésie, même dans son segment Shaking Tokyo au sein du collectif Tokyo!, on regrette qu’il ne parvienne pas à offrir ce je-ne-sais-quoi qui aurait pérennisé ce côté intemporel de son film. Surtout qu’il en avait la possibilité, s’il avait seulement terminé le tout quelques minutes plus tôt.

Néanmoins, Parasite est sans l’ombre d’un doute un très grand film. Une œuvre forte qui captive et divertit, tout en s’assurant de susciter bon nombre de questionnements qui risquent fort de nous hanter longtemps une fois le générique tombé. Voilà un film qui ne risque pas d’arrêter de faire parler de lui.

8/10

Les avantages d’être en retard sur la sortie européenne oblige, Parasite prend l’affiche vendredi 25 octobre dans trois formats, soit en version originale sous-titrée en anglais, en version originale sous-titrée en français et en version doublée en français. Profitez-en!


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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