Les États et les entreprises toujours en retard sur les discours haineux

1

Qu’il s’agisse des cabinets ministériels ou des conseils d’administration, gouvernements et compagnies tirent toujours de la patte en matière de lutte contre les discours haineux sur internet, soutient le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’expression, qui réclame une concertation des politiques et des moyens mis en oeuvre pour lutter contre cette nuisance planétaire.

« La prévalence de la haine en ligne pose des défis à tout le monde, et en premier lieu aux personnes marginalisées qui en sont les principales cibles », a ainsi déclaré David Kaye dans un rapport qui porte sur les normes juridiques de la lutte contre la haine en ligne et qui a été présenté lundi à l’Assemblée générale des Nations unies.

M. Kaye souligne cependant que les politiciens et les dirigeants d’entreprises sont toujours incapables de juguler la haine en ligne, et que ces discours haineux pourraient devenir les prochaines « fausses nouvelles ».

« La haine en ligne n’est pas moins nuisible parce qu’elle est en ligne. Au contraire, avec la rapidité et la portée de sa diffusion, la haine en ligne peut inciter à de graves préjudices hors ligne et vise presque toujours à réduire les autres au silence », a ajouté le rapporteur spécial.

Le côté complexe de l’affaire, affirme ce dernier, est qu’il faut lutter contre la haine « d’une manière qui respecte les droits dont chacun jouit ».

Dans son rapport, M. Kaye exhorte les États à s’acquitter de leurs obligations en se référant aux principaux traités relatifs aux droits de l’homme et aux principales interprétations du droit des droits de l’homme par le Comité des droits de l’homme et le Plan d’action de Rabat de 2013.

Il s’inquiète particulièrement, mentionne l’ONU sur son site web, des gouvernements qui utilisent le « discours de haine » pour restreindre l’expression légitime sous prétexte de « blasphème » ou qui omettent de définir et d’appliquer les règles du « discours de haine » conformément aux normes rigoureuses de légalité, de nécessité, de proportionnalité et de légitimité du droit relatif aux droits humains.

Cadre réglementaire insuffisant

S’il est vrai que les gouvernements ont souvent adopté de nouvelles lois pour réglementer le discours haineux en ligne, celles-ci sont en fait souvent une abdication des responsabilités au profit des géants du web, mentionne le rapport du rapporteur spécial.

De même, les réseaux sociaux « ne prennent pas au sérieux leurs responsabilités en matière de respect des droits de la personne », martèle M. Kaye.

« C’est sur leurs plates-formes que se répandent des contenus haineux, portés par un modèle économique et des algorithmes qui valorisent l’attention et la viralité. Elles ont un impact massif sur les droits de l’homme et pourtant toutes ne parviennent pas à articuler des politiques ancrées dans le droit des droits de l’homme, comme les Principes directeurs des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme leur demandent de le faire. »

Le rapporteur spécial réclame entre autres la tenue d’études d’impact sur les droits de la personne du développement des réseaux sociaux et autres produits numériques du genre, le resserrement des règles des entreprises, en plus d’une amélioration de la transparence des différents acteurs.


Autres contenus:

Twitter, Facebook, Instagram et autres, une porte ouverte sur la dépression?

Partagez

À propos du journaliste

Pieuvre.ca

Un commentaire

  1. Pingback: Interdire les publicités politiques sur Twitter: avec ou sans Exxon? - Pieuvre.ca

Répondre