Faits divers, saison 3, et la tentation de l’écoute en rafale

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C’est un retour en force qui attend les spectateurs lors de la troisième saison de la toujours surprenante télésérie d’ici qu’est Faits Divers, donnant probablement la plus grande attention à la ville de Mascouche qu’elle n’ait jamais connue.

Réunissant la même équipe de passionnés, la nouvelle saison semble particulièrement prometteuse, selon ce qui a été présenté aux journalistes, lundi. Pieuvre.ca en a également profité pour en discuter avec son auteure et son réalisateur.

Raisons financières obligent, on a décidé d’emprunter la voie des miniséries et de passer de dix à six épisodes. Un choix qui fait grincer des dents, mais qui se prend comme une bénédiction en voyant le rythme effréné avec lequel la série nous revient. Il est certain qu’après la plus dissipée et éparpillée seconde saison, on avait de quoi se demander si la série retrouverait la force de sa première, arrivée comme un cheveu sur la soupe des productions habituellement plus beiges de notre paysage télévisé.

Avec joie, on constate que les craintes étaient foncièrement infondées et que la série –dont la quatrième saison, sans avoir officiellement le feu vert, est actuellement en écriture – pourrait bien y trouver ses péripéties les plus truculentes jusqu’à présent, ce qui n’est définitivement pas peu dire.

Certes, à l’instar de d’autres concepts habituellement plus américains, on livre une histoire fermée et différente à chacune des saisons, toutes plus inusitées les unes que les autres, mais en gardant comme centre principal un chœur de personnages familiers qu’il fait bon retrouver. Son réalisateur Stéphane Lapointe aime d’ailleurs blaguer en renommant la série « CSI: Mascouche », ce qui n’est pas tout à fait faux.

Sauf que le procédural en prend de nouveau pour son rhume, et la série est plus fantaisiste que jamais en mêlant à tout cela des histoires d’enlèvements extra-terrestres, de quoi évoquer Fringe et ratisser encore plus large dans des territoires qu’on s’amuse à couvrir, et ce tout en ne quittant jamais les contrées mystérieuses de la banlieue.

Pour ceux qui pensaient que les petites magouilles de région et les camps de nudistes avaient fait le tour de ce qui pouvaient nous surprendre, attachez votre tuque avec de la broche, puisqu’au-delà des phénomènes paranormaux il y a aussi de la masturbation de dindons et du règlement de comptes qui se mêlent à tout cela.

Il ne faut pourtant pas croire que Joanne Arseneau, l’auteure qui chouchoute cette série avec une grande efficacité, s’éparpille et tombe dans le ridicule. Au contraire, elle qui travaille étroitement avec un consultant des forces de l’ordre pour s’assurer de la crédibilité de l’ensemble, collaboration qu’elle juge essentielle pour empêcher le tout de s’effondrer, avoue également devoir par moment « atténuer » les faits détonants desquelles sa série s’inspire, puisque si elle se basait à part entière sur la réalité, ce serait probablement trop absurde pour être pris au sérieux.

Une distribution exceptionnelle

Bien sûr, au-delà de l’écriture plus maîtrisée que jamais et la réalisation particulièrement bien contrôlée (il faut voir l’audace de la mise en scène qui raffine son découpage et son montage tout en priorisant des plans plus longs qui laissent divinement respirer ses personnages dans le cadre au lieu de les étouffer), c’est d’abord et avant tout une série de comédiens. À ce niveau, sans surprises, tous les acteurs récurrents nagent encore comme des poissons dans l’eau, à commencer bien sûr par la toujours merveilleuse Isabelle Blais.

Sans tous les nommer, on se délecte encore des nombreux Alexa-Jeanne Dubé, Emmanuelle Lussier-Martinez, Fred Éric Salvail, Patrick Hivon, Maxime Mailloux, Guy Nadon, Émile Proulx-Cloutier et autres Jean-Pierre Bergeron, qu’on a évidemment trouvé un habile moyen de lier de nouveau à l’ensemble. Sauf que tout le monde a de la féroce compétition, puisque les nouveaux venus sont de véritables poids lourds.

Préparez toutes les cérémonies de prix et le temps que le monde passera à parler de cette nouvelle saison, puisque l’ensemble de la chose est conçu pour faire couler beaucoup d’encre. Déjà, on vous parlera énormément de la performance de Stéphane Demers, lui que le réalisateur compare à Willem Dafoe, et qui a volontairement demandé à se raser les cheveux pour le rôle. Un tour de force d’inquiétudes et de tourments avec un personnage qui n’a rien à voir avec le traître qu’il incarnait dans Camping sauvage, il y a 15 ans déjà. Ses concepteurs sont d’ailleurs clairs; ils se sont inspirés du diable pour le façonner tout en ayant voulu créer « le personnage le plus inquiétant de la télévision québécoise ».

Auront-ils réussis? Le temps le dira. Néanmoins, on sait avec certitude qu’il ne sera pas le seul à attirer l’attention. Daniel Brière et Steve Laplante sont encore irréprochables, mais avec une nuance époustouflante, Brigitte Lafleur parvient à nous faire croire à un personnage qu’il aurait été franchement facile de tourner constamment en ridicule.

Sauf que le clou du spectacle est sans conteste Éric Robidoux. Bien sûr, on l’a vu récemment dans Il pleuvait des oiseaux, et ses petits rôles de soutien se font de plus en plus remarquer à force de repérer sa bouille, sauf que la composition qu’on lui demande ici surpasse tout ce qu’il nous a déjà offert. Se réinventant autant dans sa manière de s’exprimer que dans une gestuelle pratiquement chorégraphiée au quart de tour, il fait passer ce qui est presque du slapstick pour quelque chose de naturel. S’il ne faisait pas déjà assez parler de lui, on est prêt à gager que tout va littéralement exploser après une telle performance.

Comment résister?

Profitant de la rapidité de livraison compte tenu de la plus courte durée de la saison et de l’impatience toujours grandissante des téléspectateurs, les créateurs et producteurs se sont inspirés des résultats de la saison précédente qui permettait de voir un épisode en avance sur l’Extra de Tou.tv pour s’assurer cette fois d’y rendre disponible l’intégralité de la saison d’une traite. Si l’on se fie à ce qui a été présenté, gageons que ce sera très difficile de ne pas tout se taper en un seul visionnement. Sur ce, nous allons délaisser ce texte et allez écouter la suite… Vous aurez été prévenus!

Tous les épisodes de la troisième saison de Faits divers s’amènent dès jeudi sur l’Extra de Tou.tv. S’il n’y a pas encore de date précise, ICI Radio-Canada diffusera les épisodes à l’hiver prochain.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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