Gemini Man: en oublier le présent

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Projet en gestation depuis des décennies sous la supervision et le talent d’une équipe, devant et derrière la caméra capable, du pire comme du meilleur, voilà un film qui aurait pu être passable, s’il ne prétendait pas autant jouer au plus malin. Puisqu’en voulant toujours tout pousser plus loin, Gemini Man finit immanquablement par tomber face première au fond du ravin du ridicule.

Ang Lee, probablement le réalisateur taïwanais le plus connu sur la planète, a toujours su faire montre d’un intérêt posé pour ses personnages, tout comme d’un désir évident pour une poésie accessible. Habile et versatile, il s’est intéressé à de nombreux genres cinématographiques pour étaler sa palette, tout en restant relativement terre à terre.

Soudainement, à l’image de Peter Jackson, James Cameron et bien d’autres, il est devenu fasciné par la technologie, cherchant à tout prix à paver la voie du futur, impactant significativement la qualité, mais aussi l’intérêt de ses longs-métrages.

Gemini Man en est la plus récente preuve. Moins ancré dans une orgie de CGI comme l’état l’adaptation décevante du magnifique roman Life of Pi, ce nouveau film voit Lee revenir vers le film d’action, genre qu’il ne manipule vraiment pas si bien que cela. Il est capable de joindre la tension à ses drames, oui, comme quand on pense au sulfureux Se, Jie, mais l’action, c’est une autre histoire, alors que ses combats manquent de fluidité. Pas nécessairement dans les chorégraphies, mais plutôt dans la manière dont ils sont filmés, puisant son inspiration un peu trop près des jeux vidéo comme c’était le cas dans son Hulk.

Pire, il décide de joindre à l’entreprise sa fascination récente pour la Cadence Élevée (dit High Frame Rate en anglais), multipliant le nombre d’images par seconde, principe qui devrait théoriquement rendre le confort visuel plus agréable, mais qui fait plutôt ressembler l’ensemble à un cauchemar filmé prêt à déclencher des maux de tête, comme c’était le cas dans le désolant Billy Lynn’s Long Halftime Walk.

Ici, dans ce projet refusé par Disney puisque jugé trop complexe technologiquement parlant, on a effectivement l’impression de découvrir une fable infantilisée pour un public plus large, mais aussi modernisée pour être assez cool. Le studio a quand même finit par faire l’épatant Tron: Legacy, qui jouait beaucoup sur des thématiques similaires.

L’affiche du film

Des clones, mais pas beaucoup d’éthique

Il y a aussi une réflexion sur les clones et l’être humain qui fait comprendre pourquoi Andrew Niccol a déjà, lui aussi, été attaché au projet. Rien toutefois pour se rapprocher de Gattaca, optant davantage pour Frankenstein et du scénario typique du savant fou qui utilise la technologie pour en tirer avantage.

Puisqu’en plus des dialogues risibles qu’on tente constamment d’alléger avec un humour bon enfant qui ne lève jamais (pauvre Benedict Wong qui semble reprendre intégralement son rôle des films de Marvel), il y a ce scénario particulièrement simple, mais qu’on s’efforce de complexifier pour miser sur les surprises et les révélations qu’on voit venir des heures en avance.

Il y aussi que toute la campagne promotionnelle et la justification du film réside en la notion du double et bien sûr de cette double performance de l’acteur principal, ce qui ne pardonne pas de devoir attendre près d’une heure pour en arriver à la révélation qu’on nous martèle au visage une dizaine de fois pour être sûr qu’on a bien compris de quoi il s’agissait.

Disons aussi que le double en question manque largement de finition. Non seulement la technologie de rajeunissement laisse grandement à désirer (les pirouettes exagérées n’aident décidément pas), mais la performance de Will Smith n’a absolument rien à voir avec ce qu’on retrouvait dans Us, qui malgré tous ses défauts, réussissait bien mieux ce pari.

Bien que Smith soit un nom qui aide certainement un box-office, on aurait trouvé plus adéquat de se tourner vers un véritable acteur de cascades et de combat pour jouer un peu sur cette notoriété afin de rendre ce face-à-face envers un jeune soi-même plus intéressant, que ce soit Jackie Chan, Jean-Claude Van Damme ou une personnalité du genre.

C’est aussi dommage de voir l’irrésistible Mary Elizabeth Winstead se retrouver avec un rôle si peu consistant, malgré tout le dévouement qu’elle lui accorde. Mentionnons aussi au passage la présence de Clive Owen, qu’on a certainement vu plus reluisant que dans ce rôle profondément unidimensionnel.

Gemini Man demeure donc un projet qui a fait couler beaucoup trop d’encre pour ce qu’il mérite au final. Une expérience qui a mal viré, autant dans son scénario que dans son exécution sur le plan cinématographique.

À noter que de voir le film en version 2D enlève de loin une part de son intérêt conçu pour une projection en 3D avec 120 images par secondes. On doute toutefois que cela rendrait nécessairement le film meilleur.

4/10

Gemini Man est à l’affiche depuis jeudi.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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