Les inégalités et le populisme, copains comme cochons

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Des gens vivant ou croyant vivre dans une société plus inégale sur le plan économique pourraient être davantage portés à soutenir un leader « fort », voire même autocratique, selon une nouvelle étude menée à l’échelle internationale.

Des chercheurs de 30 universités d’un peu partout sur la planète ont recueilli des données provenant de résidents de 28 pays possédant des inégalités plus ou moins prononcées entre les pauvres et les riches.

« Les résultats portent à croire que l’appui envers des leaders populistes qui sont heureux d’abandonner des principes démocratiques pour atteindre des objectifs spécifiques pourrait entre autres être dû à un accroissement des inégalités sur le plan économique », affirme Jolanda Jetten, une chercheuse en psychologie à l’Université du Queensland, en Australie, et l’une des auteures du rapport.

Les conclusions de l’étude ont par ailleurs été publiées dans Psychological Science.

Dirigés par Stefanie Sprong, du Trinity College, à Dublin, les collaborateurs ont mené une série de coups de sondes et d’expériences. Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs ont examiné les effets des inégalités économiques sur le désir de la population pour un leader fort, et ont tenté de savoir si ce lien pouvait être expliqué par l’idée d’une désintégration du tissu social.

Dans la première phase de leur recherche, les scientifiques ont combiné des données objectives sur les inégalités économiques recueillies par la Banque mondiale avec les résultats d’un sondage réalisé auprès de plus de 6000 étudiants provenant de 30 universités. Dans le cadre de ce coup de sonde, on a non seulement demandé aux participants de répondre à des questions sur leur perception des inégalités, mais également sur leur idée de l’état de la société et sur la nécessité d’un leadership fort pour surmonter les difficultés sociétales.

En analysant les données, les chercheurs ont découvert des preuves que des gens vivant dans des pays aux inégalités prononcées, qu’elles soient réelles ou perçues, étaient davantage en faveur d’un leader fort. Mais seule la perception des inégalités semblait avoir un lien avec une impression de corrosion sociétale et gouvernementale.

Dans la seconde phase, les scientifiques ont développé la façon dont ils ont mesuré le désir des participants pour un leader fort. Ils ont examiné à quel point les participants accepteraient un leader non seulement fort, mais également désireux de laisser de côté certaines valeurs démocratiques et de violer certaines règles pour régler des problèmes sociétaux. Ils ont ainsi interrogé 515 adultes australiens, âgés de 19 à 80 ans, à propos de leurs perceptions quant aux inégalités nationales, leur sentiment d’anomie (la diminution des moyens traditionnels de contrôle, soit la désagrégation du tissu social), ainsi que leur désir d’obtenir un leader fort.

Ils ont employé les mêmes mesures que lors de la première étude, bien que les participants devaient également évaluer leur appui envers un leader plus autoritaire et moins démocratique.

De nouveau, les gens estimant que les inégalités étaient plus importantes et que la société était davantage « corrodée » ont indiqué, dans une plus grande proportion que les autres participants, qu’ils souhaitaient obtenir un leader fort.

« Cela renforce notre raisonnement voulant que la perception des inégalités sociales renforce le sentiment que la société va à veau-l’eau… ce qui alimente le désir d’élire un leader fort qui pourra ramener l’ordre (peu importe par quel moyen », concluent les auteurs de l’étude.

« Notre recherche démontre que les inégalités sociales sont non seulement associées à une hausse de la criminalité, à une mauvaise santé mentale et physique, et à une baisse du niveau de confiance », a dit Mme Jetten, « mais que cela pourrait également affecter le comportement social et les attitudes politiques ».


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Pieuvre.ca

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