Madame Catherine prépare sa classe à une leçon de survie

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À nouveau, cette année, la salle intime du théâtre Prospero accueille la classe de madame Catherine, cette enseignante fortement marquée par les nombreuses tueries dans les écoles américaines et canadiennes, et plus que motivée à prodiguer à ses petits élèves de 3B une leçon bien particulière en matière de sécurité, question de les protéger contre le pire qui les guette. Leur survie en dépend.

Pour capter l’attention de ses élèves, incarnés par les spectateurs attentifs, madame Catherine prend les choses en main. Et tous les moyens sont bons pour leur éviter le pire et faire passer son message: dessins macabres au tableau, masques permettant de donner la parole aux tueurs de Columbine, Virginia Tech, Sandy Hook ou Polytechnique, spectacle de marionnettes, site web offrant des sacs à dos pare-balles, chanson rap scandant le modus operandi « cours, cache-toi, attaque » en cas d’attentat. Or, la leçon en six étapes cruciales résumant les moyens d’échapper à un acte terroriste prend une tournure imprévue. Bien que pétrie de bonnes intentions, l’institutrice pousse le bouchon un peu (beaucoup) trop loin.

Écrite par l’Albertaine Elena Belyea et traduite par Olivier Sylvestre, la pièce Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable est adaptée avec doigté et sensibilité par l’audacieux Jon Lachlan Stewart, celui qui nous a livré le sublime Big Shot dans la même salle intime, en 2017. Ce dernier avouait récemment que la pièce était saupoudrée d’éléments d’humour noir afin que l’ensemble ne soit pas trop lourd. C’est un sujet que l’on doit tout de même prendre au sérieux. Ce n’est pas uniquement de la fiction. Il y a de vraies choses qui se passent en ce moment et ça touche beaucoup de monde.

Seule en scène et évoluant dans un décor simple, la comédienne Alice Pascual est convaincante de sincérité, constamment sur la corde raide entre le discernement et la folie, la tendresse et la menace. Ses émotions nuancées nous touchent. Or, en abordant des sujets tous plus épineux les uns que les autres, elle ne réussit qu’à alimenter le climat de terreur et à s’enfoncer petit à petit dans la paranoïa. Et sa peur, cette indéniable peur qui la dévore, c’est aussi la nôtre. Une peur terriblement humaine. Malgré son zèle excessif, son obsession de protéger ses élèves, parce que convaincue que son établissement n’en fait pas assez, malgré sa dégringolade, sa perte de contrôle, son délire, on ne saurait lui en vouloir, simplement parce que sa spirale descendante est le corollaire logique d’une société dont les citoyens acceptent chaque jour que la peur gagne du terrain.

La pièce est présentée au théâtre Prospero jusqu’au 12 octobre.


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