Official Secrets, dans l’ombre de la justice

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Glacial, à l’image de son sujet, le fascinant Official Secrets marque un retour en belle forme vers la politique pour Gavin Hood, qui semble incapable de s’en défaire.

La liberté d’expression en prend pour son rhume lorsqu’une employé gouvernementale sans histoire suit son instinct pour révéler aux médias la dure réalité que cache l’Angleterre à ses habitants face à la guerre imminente que veulent déclencher les États-Unis. Le hic, c’est que Katharine Gun était sous le secret officiel, signé à l’embauche.
Entre désir de vérité et la loi se dessine un lourd débat dans un climat indéniablement oppressant que semble rendre la mise en scène souvent étouffante de Gavin Hood.
Peut-être est-ce parce qu’il s’est plus ou moins attaqué au huis-clos avec Eye in the Sky, mais le réalisateur continue de traiter à nouveau des répercussions des petits gestes, à l’image du battement d’ailes des papillons, qui à eux seuls pourraient provoquer tout un tracas outremer.
De fait, il semble inverser la donne de son mésestimé Rendition et ajoute à l’équation un regard nécessaire sur l’univers journalistique.
Certes, le réalisme n’est pas toujours au point. Alors qu’il se laissait aller avec son imaginaire qu’il semble toujours tristement limiter dans le tout autant sous-estimé Ender’s Game, adaptation cinématographique d’un roman jeunesse de science-fiction qui donnait aussi dans la politique et le militaire, Hood donne par moment ici involontairement dans la caricature. Si son bunker militaire dans Eye in the Sky manquait de crédibilité, sa vision du journalisme fait un peu grincer des dents avec ses répliques tonitruantes et ses personnages caricaturaux qui aimeraient bien aspirer à la télésérie The Newsroom, de Aaron Sorkin.
Cette demi-mesure permet certes au côté plus sérieux de respirer, tout en y ajoutant de l’humour certainement inattendu, mais d’un autre côté affaiblit la puissance et la portée du long-métrage. Après tout, si la ressemblance physique est discutable (la couleur des cheveux notamment), la toujours excellente Keira Knightley avait certainement tout ce qu’il fallait pour carrément porter le film sur ses épaules.
On peut toutefois compter sur d’autres présences honorables au générique dont le trop rare Matthew Goode et l’inévitable Ralph Fiennes. Matt Smith et Rhys Ifans n’ont pas beaucoup à se mettre sous la dent, alors qu’il fait bon de voir la lumineuse – mais pratiquement invisible des écrans – Tamsin Greig, ici dans un petit rôle.
Parfois lourd et très factuel, le film n’est peut-être pas la proposition la plus accessible du cinéaste, mais l’importance et la gravité de son sujet sont rapidement engageants, bien rythmés par les jolies compositions des collaborateurs habituels Paul Hepker et Mark Kilian qui semblent poursuivre les idées entamées par Steve Jablonsky dans Ender’s Game.
Official Secrets est indubitablement nécessaire, ne serait-ce que pour l’histoire ainsi que le procès qu’il remet à l’avant, mais aussi pour toutes les réflexions essentielles qu’il soulève sur le devoir de citoyen, la quête de vérité, la justice et on en passe. Le genre de film qui, malgré ses faiblesses, ne mérite certainement pas de rester dans l’ombre.
7/10

Official Secrets prend l’affiche en salles ce vendredi 13 septembre.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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