John Wick n’a pas le temps de s’ennuyer; nous, si

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Il est difficile de lancer une franchise à partir de rien, sans source spécifique au-delà des inspirations plus ou moins évidentes, et c’est cet exploit que le personnage de John Wick a su accomplir. Dommage que la série perde en fraîcheur à chaque nouveau chapitre, comme en fait foi ce troisième volet qui se répète et déçoit, au lieu de conclure avec satisfaction ce qu’il avait relativement bien commencé. Parabellum, le troisième chapitre tant attendu, arrive désormais en DVD.

John Wick est certainement un nom qui aura indéniablement marqué le cinéma hollywoodien ces dernières années. Le genre de nom emblématique comme The Man With no Name, John McClane, et on en passe. Le hic, c’est que comme la majorité de ces personnages emblématiques dont on a voulu tirer profit, on est rapidement en train d’en étirer la sauce, au point de la ruiner. On a qu’à penser à Indiana Jones, qui a rencontré des extraterrestres, pour se dire qu’il y a toujours des indicateurs du moment où il faudrait s’arrêter..

Certes, on admire qu’en plus de doubler la mise, on a pris soin d’étendre et de complexifier l’univers d’origine et d’aller au-delà de la prémisse désormais légendaire du tueur à gages au bord de la retraite qui décide de venger la mort de son chien. On pardonne moins le fait qu’on en a également profité pour rendre le personnage pratiquement immortel.

Bien sûr, la suite s’est ouverte sur une fin qui valait son pesant d’or, et le troisième chapitre reprend pratiquement exactement où l’on nous avait laissés. Dommage que ce qui aurait pu être la conclusion épique d’une trilogie ambitieuse ne devienne qu’une succession de répétitions et d’opportunités manquées.

Si les possibilités abondent, que ce soit dans les lieux et les situations que dans la distribution qui sous-utilise tout autant Anjelica Huston, Jason Mantzoukas, Asia Kate Dillon que Yayan Ruhian (qui n’a aucune réplique, acteur étranger oblige), on se désole à chaque seconde qu’on ne tire jamais profit de tout cela en se contentant de refaire ad nauseam tout ce qui a déjà été fait précédemment, pratiquement de la même façon.

Plus que jamais, John Wick 3: Parabellum est un film de cascadeurs le film donnant l’impression d’offrir un peu de travail à tous les cascadeurs imaginables, au détriment de la créativité des chorégraphies et de l’ingéniosité des combats. On a beau jouer encore ici et là sur les reflets et les couleurs, on n’arrive même pas à tirer avantage de reflets sur une salle composée entièrement de vitres. C’est d’autant pire que tout passe par le travail sonore (pour amplifier plus facilement les effets et les réactions du public), tout en rythmant le tout d’une assommante trame sonore générique.

Le scénario va aussi dans tous les sens en défiant la logique ou l’intérêt, l’exécution est à la limite banale pour seulement satisfaire sans épater, et bien que le film a envie d’être plus amusant qu’au départ, on se prend encore trop au sérieux pour au moins avoir le mérite de divertir comme une véritable série B assumée.

C’est encore pire lorsque le (trop) long-métrage se permet des escapades aux limites risibles en s’éloignant dans le reste du monde, comme le démontre tout le passage avec Halle Berry, ou lorsqu’il se force à ouvrir toutes ces portes pour ce qui pourrait (ou non) suivre, au besoin. Après tout, une suite a rapidement été annoncée.

La pochette du coffret

La pochette du coffret

L’édition proposée par Lionsgate offre le film en version originale et avec des doublages en français ou en espagnol. Il y a également des sous-titres dans toutes ces langues. De plus, si on nous dit d’emblée qu’ils ne sont pas responsables des propos des suppléments, il y a quand même plusieurs qui ne sont pas inintéressants.

De fait si les bande-annonces ne sont pas nécessaires, au nombre de trois si l’on inclut celle pour un jeu vidéo inspiré du film, on aurait préféré que cette publicité gratuite, quoique compréhensible, ait laissé place aux segments plus nombreux inclus sur la version blu-ray. Puisque les petites coulisses du jeu vidéo aux graphiques plutôt douteux ne donnent pas trop envie d’y jouer alors que les deux segments en coulisses inclus sur le DVD, d’une durée de dix minutes chacun, nous emportent face à l’enthousiasme de toute l’équipe. C’est particulièrement plaisant de voir Keanu Reeves aussi excité par la production, même si tous vante probablement le film bien plus qu’il ne le mérite.

John Wick: Chapter 3 – Parabellum n’est donc pas si mal pour quiconque est déjà vendu à la franchise, tellement il trouve réconfort dans ce qu’il a déjà fait auparavant. Il représente néanmoins une déception et un produit en deçà de ce qu’on semblait nous promettre, surtout qu’il ne tient pas vraiment sa parole sur ce qu’il annonçait et qu’il ne prend pas vraiment la peine de se forcer.

En rappel, ma critique du film lors de sa sortie en salles.

5/10

John Wick : Chapter 3 – Parabellum est disponible en DVD, combo Blu-Ray/DVD et combo Blu-ray 4K/Blu-Ray dès aujourd’hui.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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