El Comandante Yankee: heureux qui, communiste, a fait un beau voyage

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Si vous aimez l’Histoire, la politique et la bande dessinée, vos trois passions seront comblées avec El Comandante Yankee, un album fleuve qui retrace le parcours de William Alexander Morgan, un Américain ayant participé à la révolution cubaine.

El Comandante Yankee s’ouvre en décembre 1957, alors que William Alexander Morgan, un Américain élevé dans la conviction que la liberté est un droit et n’appréciant pas que son pays appuie un dictateur de la trempe de Fulgencio Batista, débarque à La Havane afin d’aider le peuple cubain à se libérer du tyran. Sans connaître un seul mot d’espagnol, il parvient à joindre les rangs du Segundo Frente, un groupe rebelle installé dans les montagnes de l’Escambray, et durant les quatre années suivantes, il ne fera pas que prendre part à la révolution, mais jouera un rôle déterminant, autant dans la chute du régime de Batista que dans la protection du jeune gouvernement contre les potentiels coups d’États et l’influence indûe des pays étrangers (le sien en tête de liste), ce qui ne l’empêchera pas d’être condamné à mort par le nouveau Lider Maximo de Cuba en 1961.

La couverture de l’album

Il n’est pas étonnant que l’histoire de William Alexander Morgan ne soit pas davantage connue, puisqu’elle jette un éclairage peu favorable autant sur les États-Unis, qui l’ont dépouillé de sa nationalité en guise de représailles pour ses activités révolutionnaires, que sur les Cubains, qui sont restés largement indifférents lorsque Castro a ordonné l’exécution de cet homme dévoué à leur cause. Plus qu’une simple biographie, c’est une époque charnière que dépeint El Comandante Yankee, dont les répercussions géopolitiques se font encore sentir aujourd’hui. En s’éloignant d’un certain romantisme pour en brosser un portait sans complaisance, cette bande dessinée aux allures de fresque historique réussit le tour de force de présenter un regard nouveau sur une révolution qui a pourtant déjà fait couler beaucoup d’encre.

Une page de l’album

El Comandante Yankee est l’une de ces bandes dessinées dont les planches évoquent davantage des toiles que des dessins. Bien que leur coup de crayon ne se ressemble pas, l’approche de Gani Jakupi rappelle beaucoup celle de Tyler Jenkins (le dessinateur de Grass Kings), et l’artiste pose ses personnages et ses décors sur des arrière-plans peints à la main, derrière lesquels on sent chaque coup de pinceau, le relief de l’acrylique, ou la texture du papier utilisé. De la couverture, qui affiche un portrait de William Alexander Morgan, en passant par les montagnes de l’Escambray ou les rues peuplées de La Havane, les illustrations de Jakupi possèdent une influence résolument impressionniste, et doté d’une coloration vibrante, l’album, qui a pris pas moins de douze ans à compléter, est visuellement époustouflant.

Le compagnon de cellule de William Alexander Morgan à la forteresse militaire de La Cabaña affirme qu’avant de mourir, le révolutionnaire a exprimé le souhait qu’un jour, on connaisse la vérité sur lui, et c’est ce dernier vœu d’un idéaliste au destin tragique qu’exauce Gani Jakupi avec la bande dessinée El Comandante Yankee.

El Comandante Yankee, de Gani Jakupi. Publié aux Éditions Dupuis, 224 pages.


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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