Séance cinéma: The Grand Budapest Hotel, le film qui fait du bien

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Heureux celui qui découvre pour la première fois The Grand Budapest Hotel, comédie dramatique réalisée et coécrite par l’inimitable Wes Anderson. Merveilleuse porte d’entrée dans l’univers du cinéaste, cette oeuvre sortie en 2014 réussit un tour de force rarement vu ailleurs dans le septième art: nous faire regretter que le film ne dure que 99 minutes.

Dans la république de Zubrowka, quelque part dans une région fictive de l’Europe de l’Est, un auteur célèbre a autrefois écrit un roman particulièrement populaire sur le Grand Budapest Hotel, institution qui a peu à peu sombré dans l’oubli. À travers une série de retours en arrière, notamment à la fin des années 1960 et au début des années 1930, voilà que se déroule devant nous l’histoire de cet endroit, et plus spécialement les péripéties de deux personnages aux destins étroitement liés, soit M. Gustave et Zéro, autrefois portier et chasseur, et ultimement devenu propriétaire de l’hôtel.

Concierge très propre sur lui et charmeur invétéré de ces dames, préférablement des dames d’un certain âge, M. Gustave fait la pluie et le beau temps au Grand Budapest. Jusqu’au jour où l’une de ses « régulières », une cliente très âgée avec laquelle il passait fréquemment quelques « moments tendres », décède et lui lègue un tableau d’une valeur inestimable. Bien entendu, la famille étendue de cette richissime dame cherchera à tout prix à récupérer l’oeuvre. S’enclenchera alors une vaste machination impliquant une brochette de personnages tous aussi colorés et fascinants les uns que les autres.

Ce résumé est en fait la moitié du « travail », si l’on peut permettre l’expression, car l’attrait de Wes Anderson tient non seulement au déroulement de l’intrigue, mais également à la façon dont celle-ci est racontée. Pourquoi, en effet, recourir à trois retours en arrière successifs si l’histoire se déroule très majoritairement dans les années 1930, si ce n’est pour nous présenter un Jude Law particulièrement en forme, sous les traits de l’auteur qui deviendra éventuellement célèbre à l’aide de son roman, et qui rencontre un Zéro âgé, entre les murs d’un hôtel qui tourne peu à peu à la ruine?

Pourquoi cette obsession maladie du détail, ces panneaux indicateurs qui se comptent par dizaines dans la déclinaison 1968 de l’hôtel, et qui confèrent un charme fou à l’ensemble, façon Overlook Hotel de The Shining sans le côté maison hantée? Pourquoi s’astreint-on à donner un aspect bon enfant à quantité de scènes, alors que celles-ci devraient plutôt évoquer l’ambiance lugubre de l’Europe de l’entre-deux guerres, tandis que se précise la menace fasciste et communiste de la guerre de 39-45? Pourquoi a-t-on accolé une tache lie-de-vin sur la joue de l’amoureuse de Zéro, tache qui a la forme exacte du Mexique? Pourquoi y a-t-il ce minuscule funiculaire au nom de l’hôtel, parfaitement adapté à la pente prononcée menant à l’hôtel lui-même? À cela, à toutes ces questions, il est permis de répondre que Wes Anderson maîtrise merveilleusement bien son art, et que The Grand Budapest Hotel passe très près de se mérité l’appellation de chef-d’oeuvre.

Tout cela, c’est sans même avoir évoqué l’extraordinaire distribution, tous ces acteurs connus qui semblent s’amuser profondément. Ralph Fiennes, bien sûr, qui joue un M. Gustave qui étonne parfois en lâchant un juron, ou en étant capable de certains actes de filouterie. Jude Law, bien sûr, dont il a déjà été question. Mais aussi Jeff Goldblum, qui joue un avocat pointilleux dont le respect des règles sonnera le glas, ou encore un Adrian Brody interprétant le petit-fils de la vieille femme décédée qui est hors de lui à l’idée que le concierge de l’hôtel, qui couchait clairement avec sa grand-mère, hérite du tableau tant convoité. N’oublions pas, non plus, Willem Defoe en homme à tout faire sanguinaire, ou Edward Norton en policier et chef de milice bienveillant, mais tout aussi froid lorsque nécessaire.

The Grand Budapest Hotel est un bijou de style, de composition, de montage, d’interprétation… On aurait souhaité avoir au moins 30 minutes supplémentaires de pur bonheur. On se contentera certainement de ce qui nous a été offert, ou encore des autres films du réalisateur.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.

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