Sous nos pieds, une crise silencieuse

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Aux prises avec une météo rendue plus capricieuse par les changements climatiques, les maraîchers québécois doivent aussi affronter la perte des sols organiques. Et la dégradation de cette riche masse de compost naturel s’annonce un problème ardu à contrecarrer.

Clés de voûte de l’agriculture maraîchère québécoise, ces sols proviennent de l’accumulation des matières organiques au sein des lacs et des bords de rivières. Les terres très fertiles sont constituées de presque 100% de matière organique, ce qui fait d’elles un milieu de croissance facile à travailler par les cultivateurs.

Situées surtout en Montérégie, elles pourraient toutefois un jour disparaître et avec elles, de nombreuses cultures québécoises locales. Le principal fléau auquel doivent faire face ces sols, l’érosion, pourrait pousser les cultivateurs de laitues pommées et autres carottes à réduire leur production et même revoir leurs façons de faire.

« C’est un sol léger que le vent emporte. Près de 2 cm disparaissent chaque année, entre les vents et la décomposition du sol. Cela ne paraît pas beaucoup, mais dans 50 ans, il ne restera plus rien de ce riche terreau », relève le titulaire de la Chaire CRSNG en conservation et restauration des sols organiques de l’Université Laval, Jean Caron.

Déjà, le chercheur et son équipe expérimentent des solutions comme la production de la biomasse en microparcelles, en s’inspirant des systèmes agroforestiers de rotation à cycles longs.

Ils mettent également en place des modèles météorologiques à l’aide de grandes tours météo destinées à identifier les couloirs de vents. Parce que mieux protéger les cultures pourrait en effet passer par l’installation de brise-vents, faits de haies végétales. « Nous retournons à l’ancienne pour bien des agriculteurs. Cette façon de procéder a fait ses preuves et pourrait aider à préserver la productivité de ces terres », explique-t-il.

Les premiers essais dans les parcelles des Jardins de Napierville se sont avérés prometteurs. « Est-ce que cela va permettre de sauver la moitié, le quart des surfaces? Je l’ignore, mais nous plantons la base de l’intervention à privilégier », rassure-t-il. Même si les maraîchers sont conscients du problème, pour faciliter le changement de culture, ils devront y être sensibilisés. Pour l’instant, aucun volet d’éducation n’est encore implanté.

L’état de santé des sols cultivés

Cette dégradation des sols cultivés alarme également le chercheur de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), Marc-Olivier Gasser: « À quoi ressembleront les champs québécois dans 10 ou 20 ans? La pérennité de nos ressources dépend de la bonne conservation des terres, et la culture maraîchère repose sur cette surface importante que sont les sols organiques. »

Le chercheur participe à une large étude sur l’état de santé des sols agricoles du Québec pilotée par l’IRDA, et mandatée par le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Sur 426 sites, les équipes mesurent différents paramètres — propriétés physiques, chimiques et biochimiques —, mais aussi l’érosion et l’affaissement des sols organiques. De même que la compaction des sols liée à la machinerie lourde, la surfertilisation, les problèmes de pH, le drainage et l’érosion, qui forment les problèmes les plus courants. Soixante et onze différents types de sols, représentant les différentes régions agricoles de la province, sont ciblés.

« Pour l’instant, nous avons caractérisé un tiers des sites — les autres le seront d’ici décembre 2020 », explique Marc-Olivier Gasser. Certains ont fait l’objet d’une première évaluation en 1988-1989 et les nouvelles mesures permettront de quantifier l’évolution de leur état de santé au cours des 30 dernières années.


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