Tannenberg – À l’Est, plus rien de nouveau

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Il y a hélas de ces excellents jeux qui passent inaperçus. Après avoir lancé Verdun, en 2015, où l’on promettait des combats à la première personne réalistes dans le contexte de la sanguinolente Première Guerre mondiale, le développeur et éditeur M2H a remis ça avec Tannenberg, cette fois situé sur le front de l’Est, lieu de combats entre les puissances centrales et la Russie tsariste.

Le mot d’ordre, ici, est « réaliste ». Point de combats complètement fous à la Battlefield 1, où tout le monde possède des armes automatiques et est en mesure de sauter d’un avion pour prendre directement les commandes d’un char d’assaut. Dans Tannenberg, les fusils sont à un coup, et il est impossible de recharger si l’on est en train de courir. Cela est logique, certes, mais ce genre de mécaniques veut également dire que l’action y est certes frénétique, mais qu’elle se déroule également à une vitesse moins époustouflante.

L’idée est simple: le mode de jeu principal scinde les cartes proposées en divers objectifs à contrôler: en prenant possession de la majorité des points, l’une des deux factions fait perdre des points à l’adversaire. Une fois ces points épuisés, la partie est perdue pour l’équipe qui n’a pas su, dans le pire des cas, renverser la vapeur au dernier instant.

Pour assurer sa domination sur la carte, il sera nécessaire de coordonner ses assauts avec ses coéquipiers. Un micro peut ici faire des miracles, mais il est tout à fait possible de se fier à la carte accessible lorsque l’on attend de pouvoir revenir au combat et ainsi juger de l’endroit le plus mûr pour une attaque. Tirs d’artillerie, terrain accidenté, fantassins ennemis parfois embusqués… les obstacles sont nombreux, et il est rare, à moins d’être particulièrement chanceux, de pouvoir franchir la distance vers un lieu stratégique dont il faut s’emparer, survivre suffisamment longtemps pour que l’endroit passe dans notre camp, et réussir un deuxième assaut du genre sans mourir quelque part en chemin. Les points de vie, inexistants, ne peuvent évidemment pas se régénérer, et une balle est souvent fatale. Et tout cela, sans compter les gaz de combat, contre lesquels il est essentiel de se prémunir en enfilant un masque qui bloque une bonne partie du champ de vision.

À l’image de la véritable Première Guerre mondiale, Tannenberg est une boucherie. Dans ce sens, le jeu est fidèle à la bataille d’où il tire son nom, là où, en 1914, des forces allemandes inférieures en nombre, mais mieux coordonnées, ont écrasé deux armées russes démoralisées et incapables de communiquer entre elles. Cette résistance du désespoir par les Allemands, qui avaient alors engagé la grande majorité de leurs forces à l’Ouest, a largement stoppé l’avance russe, engageant un pourrissement de la situation militaire dans la région qui prit fin en 1917, à l’abdication de la Russie, après la Révolution.

Avec ses mécaniques de jeu particulièrement intéressantes, avec ses visuels impressionnants, et avec son souci du réalisme, Tannenberg est franchement un très bon jeu. Le problème, c’est que personne n’y joue. Avec moitié moins de copies vendues que pour Verdun, le titre compte, au plus, un millier de joueurs en même temps. En jouant le soir, il n’est pas rare de ne tomber que sur une seule partie publique, avec une cinquantaine de joueurs au maximum. Aurait-il fallu simplement bâtir sur le succès de Verdun et offrir Tannenberg en contenu supplémentaire? Impossible de le savoir, mais on ne peut faire autrement que de penser que les développeurs ont tenté de reproduire le succès du premier titre, mais se sont cassé les dents face à la série Battlefield, beaucoup moins réaliste, mais autrement plus populaire.

Tannenberg est-il condamné à disparaître? Il faut espérer que non. D’un autre côté, il y aura toujours Verdun, pour ceux qui recherchent ce genre d’expérience. En attendant, M2H et Blackmill Games, les deux studios qui ont collaboré à la création du titre, offrent un produit remarquable.

Tannenberg

Développeur: M2H et Blackmill Games

Éditeur: M2H

Plateforme: Windows (Steam)

Interface du jeu offerte en français


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.

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